Toutes les prisons se présentent comme inéluctables, jusqu’à ce que quelqu’un prouve le contraire. Au cours de l’histoire, un petit nombre de détenus ont réussi à déjouer les gardiens, les murs, l’eau et des chances quasi nulles, en ne comptant que sur leur patience, leur sang-froid et les objets qui se trouvaient à portée de main dans leur cellule. Certaines de ces évasions ont été méticuleusement planifiées pendant des mois, voire des années. D’autres ont été organisées à la hâte, par pur désespoir, et ont pourtant abouti. Voici 20 évasions de prison qui ont réellement abouti.
1. Alcatraz, 1962
Frank Morris et les frères John et Clarence Anglin ont passé des mois à sculpter de fausses têtes dans du savon, du papier toilette et de vrais cheveux ramassés sur le sol du salon de coiffure, qu’ils disposaient sur leurs couchettes pour tromper les gardiens de nuit. Ils se sont faufilés dans des conduits d’aération qu’ils avaient élargis à l’aide de cuillères, puis ont pris la mer au large de l’île d’Alcatraz à bord d’un radeau fabriqué à partir d’imperméables. Personne ne les a jamais retrouvés, ni vivants ni morts, et l’affaire reste techniquement en suspens.
2. Stalag Luft III, 1944
Des prisonniers alliés ont creusé trois tunnels, surnommés « Tom », « Dick » et « Harry », profondément sous un camp de prisonniers de guerre allemand, en renforçant les parois avec des lattes de lit en bois et en cachant la terre dans les jambes de leur pantalon. Soixante-seize hommes se sont échappés par le tunnel « Harry » en une seule nuit, mais seuls trois d’entre eux – un Néerlandais et deux Norvégiens – ont réussi à rentrer chez eux. Les soixante-treize autres ont été rattrapés, et cinquante d’entre eux ont ensuite été exécutés sur ordre d’Hitler.
3. Le Cheval de bois, 1943
L’année précédente, dans ce même camp, trois officiers britanniques avaient fabriqué un cheval d’arçons en contreplaqué et l’avaient transporté chaque jour au même endroit dans la cour d’exercice. Tandis que les gardes surveillaient les hommes qui sautaient par-dessus, l’un d’entre eux creusait discrètement en dessous, à l’abri des regards grâce au cheval lui-même. Les trois évadés ont réussi à regagner l’Angleterre, et cette ruse du cheval d’arçons reste l’un des déguisements les plus ingénieux de l’histoire des prisonniers de guerre.
4. Le château de Colditz, 1942
Colditz abritait les évadés les plus tenaces des Alliés, et Pat Reid faisait partie de ceux qui ont réussi à s’échapper. Avec trois compagnons, il s’est faufilé à travers les cuisines du château pour descendre dans un réseau d’égouts, avant de se glisser hors du périmètre sous le couvert de la nuit. Tous les quatre ont atteint la Suisse neutre à pied, au terme d’un périple de plusieurs jours exténuants.
5. « The Leads », Venise, 1756
Giacomo Casanova était enfermé dans une prison située dans un grenier au toit de plomb, au sommet du palais des Doges, un lieu considéré comme impossible à fuir en raison de sa hauteur vertigineuse au-dessus des canaux. À l’aide d’un pic en fer dissimulé dans une Bible, il perça le plafond et rampait sur les toits dans l’obscurité avant de s’introduire dans une pièce non surveillée située en contrebas. À l’aube, il sortit tout simplement par la porte d’entrée du palais, se fondant parmi le personnel qui arrivait tôt.
6. La prison de Libby, 1864
Les officiers de l’Union détenus dans cette prison confédérée de Richmond ont passé des semaines à creuser un tunnel à travers un vide sanitaire insalubre que les gardes avaient surnommé « l’enfer des rats ». Au total, 109 hommes s’en sont échappés en rampant en une seule nuit, et 59 d’entre eux ont réussi à rejoindre les lignes de l’Union sains et saufs. Cette évasion reste l’une des plus importantes de toute la guerre de Sécession.
7. Prison de Crown Point, 1934
John Dillinger, qui attendait son procès dans ce qui était censé être l’une des prisons les plus sécurisées de l’Indiana, a sculpté un faux pistolet dans un morceau de bois et l’a noirci avec du cirage. Il s’en est servi pour tromper les gardiens, s’est emparé d’une arme véritable en chemin et s’est enfui au volant de la voiture du shérif lui-même. Cet exploit n’a fait que renforcer sa légende et a été une source d’embarras pour les forces de l’ordre pendant des années.
8. Prison de Wandsworth, 1965
Ronnie Biggs, l’un des auteurs du « Great Train Robbery », a escaladé le mur de la prison à l’aide d’une échelle de corde lancée par ses complices qui l’attendaient à l’extérieur, près d’un camion de déménagement garé en contrebas. L’opération a duré moins d’une minute. Il s’est enfui en Australie, puis au Brésil, où il a vécu au grand jour pendant des décennies avant de finalement revenir au Royaume-Uni de son plein gré en 2001.
9. La prison de Winson Green, 1964
Charles Wilson, un autre membre des « Great Train Robbers », venait à peine de commencer à purger sa peine lorsque quatre hommes masqués ont fait irruption dans la prison pendant la nuit et l’ont tout simplement emmené. L’opération, rapide, discrète et manifestement bien financée, a laissé les autorités britanniques désemparées. Wilson est resté en fuite pendant des années avant d’être finalement arrêté au Canada.
10. Prison de Nottingham, 1955
Au cours des années 1950, Alfred Hinds s’est évadé à trois reprises de la détention britannique, ce qui lui a valu le surnom de « Houdini Hinds » dans la presse. Lors de sa première évasion de la prison de Nottingham, il a croché des serrures et s’est faufilé entre les gardes à l’aide d’outils qu’il avait lui-même fabriqués dans sa cellule. Il a par la suite intenté avec succès un procès contre la police pour détention abusive, ce qui était presque aussi remarquable que ses évasions elles-mêmes.
11. Prison de Luynes, France, 2001
Pascal Payet s’était arrangé pour qu’un hélicoptère détourné atterrisse dans la cour de la prison, vienne le chercher et décolle immédiatement avant que les gardiens n’aient le temps de réagir. L’opération a si bien fonctionné qu’il a par la suite aidé à organiser des évasions en hélicoptère pour d’autres détenus. Il a lui-même réitéré l’exploit en 2007, s’évadant d’une autre prison française exactement de la même manière.
12. Prison centrale de Pretoria, 1979
Tim Jenkin, militant anti-apartheid, a passé des mois dans sa cellule à tailler en secret des clés en bois adaptées aux serrures de la prison, qu’il a testées et perfectionnées petit à petit. Avec son codétenu Stephen Lee, il a finalement réussi à franchir sans encombre une série de portes verrouillées et à sortir par le portail principal. Jenkin a par la suite écrit un livre relatant l’ensemble du processus, jusque dans les moindres détails techniques.
13. Prison de l'île d'Imrali, Turquie, 1975
Billy Hayes, un Américain purgeant une peine pour trafic de drogue, s’est échappé de la prison insulaire et s’est frayé un chemin jusqu’à la côte à la faveur de l’obscurité. Il a ensuite traversé à la nage le large pour rejoindre une île grecque voisine, où il est arrivé épuisé mais libre. Son histoire a par la suite inspiré le film Midnight Express, même si celui-ci a pris quelques libertés avec les détails.
14. Prison d'Altiplano, Mexique, 2015
Le baron de la drogue Joaquín « El Chapo » Guzmán s’est échappé de sa cellule de haute sécurité en passant par un trou percé directement dans le sol de sa douche. Sous ce trou se trouvait un tunnel d’un mile de long, équipé d’un système d’éclairage, d’une ventilation et d’une moto modifiée circulant sur des rails. Il a fallu plusieurs mois aux autorités mexicaines pour le capturer à nouveau, et le tunnel lui-même est devenu une véritable affaire nationale.
15. La prison de Maze, en Irlande du Nord, 1983
Trente-huit détenus membres de l’IRA ont orchestré la plus grande évasion de l’histoire britannique en détournant un camion de livraison de nourriture depuis l’intérieur de l’établissement pénitentiaire. Plusieurs d’entre eux avaient introduit clandestinement des armes à feu, et l’évasion s’est déroulée en plein jour dans un véritable chaos. Environ la moitié des évadés ont été rattrapés assez rapidement, mais les autres sont restés en liberté pendant des années, certains même définitivement.
16. Camp d'extermination de Sobibor, 1943
Les prisonniers de Sobibor, menés par le prisonnier de guerre soviétique Alexandre Pechersky, ont organisé un soulèvement coordonné, tuant plusieurs officiers SS avant de se ruer en masse vers les clôtures. Environ 300 personnes ont réussi à franchir les barbelés et à se réfugier dans la forêt voisine, même si beaucoup ont ensuite été tuées par des mines terrestres ou rattrapées. Entre 50 et 70 d’entre elles ont finalement survécu à la guerre, un résultat stupéfiant compte tenu du contexte.
17. Prison de Santa Marta Acatitla, Mexique, 1971
L’homme d’affaires américain Joel Kaplan a fait en sorte qu’un hélicoptère atterrisse directement dans la cour de la prison pendant un bref moment de chaos d’une dizaine de secondes. Lui et un codétenu se sont précipités à bord et avaient déjà décollé avant même que les gardiens n’aient bien compris ce qui se passait. Cette histoire a ensuite fait l’objet d’un livre entier, tant la rapidité avec laquelle elle s’est déroulée semblait presque incroyable.
18. Établissement pénitentiaire de Clinton, New York, 2015
Richard Matt et David Sweat ont passé des semaines à découper discrètement les parois en acier de leurs cellules à l’aide d’outils électriques introduits clandestinement, se frayant un chemin à travers le dédale de canalisations de la prison. Ils ont fini par émerger d’un regard situé à plusieurs pâtés de maisons de l’établissement, après avoir réussi une évasion que peu de gens jugeaient possible depuis une prison de très haute sécurité. Sweat a été repris après plusieurs semaines de cavale, tandis que Matt a été abattu par la police.
19. Île Sainte-Marguerite, France, 1874
Le maréchal français Achille Bazaine, condamné pour trahison après s’être rendu à la Prusse, fut emprisonné dans une forteresse au large de la Côte d’Azur. Avec l’aide de son épouse, il descendit les remparts de la forteresse à l’aide d’une corde nouée, sous le couvert de la nuit. Il se rendit à Gênes et passa le reste de sa vie en exil en Espagne.
20. La Tour de Londres, 1597
Le prêtre jésuite John Gerard, détenu et torturé à plusieurs reprises à la Tour de Londres, s’associa à un codétenu pour organiser une évasion en franchissant les douves à l’aide d’une corde tendue entre la Cradle Tower et un bateau qui l’attendait en contrebas. La corde lui blessa gravement les mains lors de la descente, mais il parvint à traverser et disparut dans la ville avant l’aube. Il raconta plus tard toute cette épreuve dans son autobiographie, l’un des tout premiers récits de première main sur une évasion de prison jamais consignés.