Certains sites ne se prêtent tout simplement pas à l’étude historique. Ceux qui les ont construits n’ont laissé aucune instruction et, bien souvent, aucune trace écrite ; il ne reste donc qu’un amas de pierres et une longue liste d’hypothèses éclairées. Les archéologues disposent certes de la datation au carbone 14, du géoradar et de décennies de travail sur le terrain, mais cela ne suffit toujours pas à clore le dossier de certains de ces sites. Ces lacunes ne sont pas toujours spectaculaires, mais elles sont bien réelles, et elles ont tendance à susciter des débats animés parmi une salle remplie de spécialistes lors d’un colloque. Voici 20 sites où les preuves s’épuisent avant que les questions ne soient résolues.
1. Stonehenge, Angleterre
Les pierres bleues provenaient de carrières situées au Pays de Galles, à environ 150 miles de là, et la manière dont les populations néolithiques ont pu transporter à la main des rochers de plusieurs tonnes sur une telle distance fait encore l’objet de débats. La fonction réelle de ce monument est encore moins claire : les hypothèses d’un cimetière, d’un calendrier ou d’un lieu de guérison restent toutes d’actualité.
2. Les lignes de Nazca, au Pérou
Des centaines de géoglyphes gigantesques sont gravés dans le sol du désert péruvien ; ce n’est que vus du ciel qu’ils prennent réellement forme. La civilisation de Nazca les a réalisés il y a environ 2 000 ans, sans avoir aucun moyen d’observer son œuvre depuis les airs, et les théories quant à leur origine vont encore aujourd’hui d’un calendrier à un parcours rituel.
3. Baalbek, Liban
Enfoncés dans les fondations d’un temple romain se trouvent trois blocs de pierre connus sous le nom de « Trilithon », pesant chacun environ 800 tonnes. Un quatrième bloc, encore plus imposant, gît à proximité, inachevé, abandonné en plein chantier ; la manière exacte dont les ingénieurs romains avaient prévu de déplacer des pierres d’une telle taille reste un mystère.
4. Göbekli Tepe, Turquie
Ce site est bien antérieur à l’agriculture et à la poterie, ce qui en fait un véritable casse-tête pour la chronologie classique de la civilisation. Des chasseurs-cueilleurs auraient érigé ici d’imposants piliers de pierre sculptée, puis auraient délibérément enseveli l’ensemble du complexe vers 8 000 avant notre ère, pour des raisons que personne n’a encore élucidées.
5. Le Grand Zimbabwe, au Zimbabwe
Construit par les ancêtres du peuple Shona entre le XIe et le XVe siècle, ce complexe en pierre a été érigé sans mortier, avec une grande précision. Pendant des décennies, les archéologues de l’époque coloniale ont nié à tort l’existence de constructeurs africains, et des questions subsistent encore aujourd’hui quant au fonctionnement réel de cette cité à son apogée.
6. L'île de Pâques, Chili
La manière dont les statues moai ont été déplacées sans roues ni animaux de trait fait encore l’objet de débats, la technique consistant à les faire basculer et à les faire avancer étant désormais privilégiée par rapport à l’utilisation de simples rouleaux. Les raisons de l’effondrement ultérieur de la population de l’île, qu’il soit dû à une autodestruction écologique ou aux maladies apportées par les Européens et aux raids esclavagistes, sont encore moins bien établies, et son écriture, le rongorongo, n’a jamais été déchiffrée.
7. Sacsayhuamán, Pérou
Au-dessus de Cusco se dresse un mur inca construit à partir de blocs pesant bien plus de 100 tonnes, taillés et ajustés avec une telle précision qu’une lame de couteau ne peut s’y glisser, et ce sans aucun mortier. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer cette précision sans outils en fer, mais aucune n’a été confirmée.
8. Le monument de Yonaguni, au Japon
Au large de l’île de Yonaguni se trouve une formation rocheuse sous-marine aux surfaces étonnamment planes et aux angles très marqués. La plupart des géologues y voient du grès naturel façonné par des fractures, tandis que certains archéologues affirment que ces angles sont trop nets ; le débat n’a guère évolué dans un sens ou dans l’autre.
9. Puma Punku, en Bolivie
Faisant partie du complexe de Tiwanaku en Bolivie, ce site se caractérise par des blocs de pierre taillés avec des joints emboîtés et des surfaces si planes qu’elles semblent avoir été usinées. Les chercheurs s’accordent à dire que les habitants de Tiwanaku l’ont construit à l’aide d’outils en pierre et d’abrasifs, mais les techniques exactes à l’origine de cette précision, ainsi que les raisons pour lesquelles le site a été abandonné par la suite, ne sont pas encore entièrement élucidées.
10. Newgrange, Irlande
Plus ancien que Stonehenge et la Grande Pyramide, ce tombeau à couloir est aligné avec une telle précision sur le lever du soleil du solstice d’hiver que la lumière inonde sa chambre intérieure pendant environ dix-sept minutes par an. La question de savoir s’il servait principalement de tombeau, d’espace cérémoniel ou de calendrier solaire fait encore l’objet de débats, et ses gravures en spirale n’ont jamais été interprétées de manière convaincante.
11. Skara Brae, Écosse
Un village néolithique des Orcades, enfoui sous le sable pendant des milliers d’années jusqu’à ce qu’une tempête le mette au jour en 1850. Ses aménagements en pierre et ses systèmes de drainage laissent entrevoir une véritable organisation sociale, dont on continue de reconstituer les contours, tandis que les raisons de l’abandon définitif de ce village restent floues.
12. La Plaine des Jarres, au Laos
Des milliers de jarres en pierre massives sont disséminées sur le plateau de Xiangkhoang, et les archéologues ne peuvent toujours pas affirmer avec certitude qui les a sculptées. Des restes humains découverts à proximité de plusieurs sites laissent supposer l’existence d’une pratique funéraire, mais la datation de ces jarres s’est avérée difficile, les estimations s’étendant sur près d’un millénaire.
13. Derinkuyu, Turquie
Cette ville souterraine de Cappadoce s’enfonce de plusieurs étages dans la roche et aurait pu abriter des milliers de personnes ; elle est dotée de puits d’aération et d’écuries. Personne n’a encore déterminé avec certitude qui l’a creusée à l’origine, bien que la plupart des chercheurs pensent qu’elle est antérieure aux chrétiens byzantins, qui l’ont ensuite agrandie pour s’y réfugier lors des raids.
14. Teotihuacan, Mexique
À son apogée, c’était l’une des plus grandes villes du monde antique. Les Aztèques l’ont trouvée déjà abandonnée et lui ont donné son nom ; l’identité, voire la langue, du peuple qui l’a réellement construite et dirigée reste toutefois inconnue.
15. Sanxingdui, Chine
Ce site de l’âge du bronze, situé dans le Sichuan, a révélé l’existence d’une civilisation jusque-là inconnue lorsqu’il a été découvert par hasard par des agriculteurs dans les années 1920 ; des fosses contenant un grand nombre de masques en bronze y ont été mises au jour plusieurs décennies plus tard, en 1986. Ces objets avaient été délibérément brisés, brûlés et enterrés, et la question de savoir pourquoi cette culture a disparu par la suite fait encore l’objet de débats, les hypothèses allant d’un tremblement de terre à un conflit interne.
16. Serpent Mound, Ohio
Ce tumulus en forme d’effigie, long d’un quart de mile, échappe à toute datation précise depuis plus d’un siècle ; son origine est partagée entre la culture Adena, vers 300 av. J.-C., et la culture Fort Ancient, plus récente, vers 1070 apr. J.-C. Certains chercheurs ont émis l’hypothèse que ses courbes recèlent des alignements astronomiques, mais la question de savoir quelle culture l’a réellement construit reste encore sans réponse.
17. Les alignements de Carnac, en France
Plus de 3 000 menhirs s’étendent en rangées à travers la campagne bretonne, disposés selon un schéma qui précède Stonehenge de plusieurs siècles. Aucune inscription n’explique à quoi servaient ces alignements, et les hypothèses vont des chemins cérémoniels à une forme d’observation astronomique.
18. Chaco Canyon, Nouveau-Mexique
Les Anciens Pueblo, qui ont construit ce site, reliaient leurs grandes maisons à des hameaux éloignés par des routes tracées en ligne droite sur des dizaines de miles, dont certaines ne menaient nulle part. Vers 1150 de notre ère, le site a été en grande partie abandonné, probablement en raison d’une sécheresse, bien que les circonstances exactes de ce départ ne soient pas encore clairement établies.
19. Grottes de Longyou, Chine
Cachées sous l’eau jusqu’à ce que des agriculteurs assèchent les étangs qui les recouvraient en 1992, ces 24 cavernes creusées à la main dans le grès remontent à environ 2 000 ans, sans qu’aucune trace n’en soit mentionnée dans les archives historiques. Les marques de ciseau laissent supposer un projet d’envergure mené de manière coordonnée, mais aucun objet ne permet d’expliquer qui l’a commandé ni à quoi servaient ces grottes.
20. Silbury Hill, Angleterre
Le plus grand tumulus préhistorique d’Europe, construit par étapes vers 2400 avant notre ère, a nécessité environ 4 millions d’heures de travail. Les fouilles menées depuis 1776 n’ont jamais permis de mettre au jour de sépulture à l’intérieur de ce tumulus, et la raison pour laquelle il a été érigé reste encore aujourd’hui un mystère.