La mort a toujours été entourée d’un voile de mystère, et pendant des siècles, les gens ont mis en place des rituels et des superstitions pour donner un sens à ce qu’ils ne pouvaient ni expliquer ni contrôler. Autrefois, on arrêtait les horloges au moment du décès, on couvrait les miroirs pour empêcher les esprits de s’y retrouver piégés, et on ouvrait les fenêtres pour libérer l’âme qui partait. Bien que bon nombre de ces coutumes puissent nous paraître étranges aujourd’hui, elles découlaient soit d’une véritable peur de l’inconnu, soit d’une volonté de protéger les vivants contre tout ce qui pourrait suivre la mort. Voici 20 superstitions historiques qui révèlent à quel point nos ancêtres prenaient au sérieux le passage de la vie à la mort.
1. Il a fallu cacher les miroirs
Dans certaines régions d’Europe et d’Amérique du Nord, les familles avaient parfois pour habitude de couvrir les miroirs de la maison après le décès d’un proche. Selon une croyance, l’âme fraîchement libérée risquait de rester prisonnière de son reflet, tandis qu’une autre croyance avertissait que toute personne se voyant dans un miroir à proximité du défunt risquait d’être la prochaine à mourir. À l’époque victorienne, le fait de recouvrir les miroirs d’un tissu était devenu étroitement associé aux coutumes funéraires dans certaines communautés.
2. Les horloges se sont arrêtées au moment du décès
Une horloge arrêtée pouvait revêtir une signification particulière dans un foyer où quelqu’un venait de décéder. Au XIXe siècle, certaines familles arrêtaient délibérément leurs horloges à l’heure du décès, soit pour marquer ce moment, soit parce que, selon les croyances populaires, le fait que les horloges continuent de fonctionner était associé au départ inachevé du défunt. Dans certaines traditions, les remettre en marche trop tôt était considéré comme un mauvais présage ; le foyer restait donc symboliquement en suspens jusqu’à ce que les rites funéraires aient eu lieu.
3. Les morts ont été emportés les pieds en avant
Lorsqu’un corps était emporté d’une maison, les familles de certaines régions d’Europe et d’Amérique veillaient souvent à ce que les pieds franchissent le seuil en premier. Selon la croyance populaire, transporter un défunt la tête la première risquait de lui permettre de se retourner vers l’intérieur de la maison et d’appeler un autre membre de la famille à le suivre. Sortir le corps les pieds en avant était donc considéré comme une dernière précaution pour éviter qu’un autre décès ne survienne peu après.
4. Les yeux d'un cadavre devaient rester fermés
La vue des yeux ouverts d’un défunt pouvait susciter une grande angoisse, car certaines personnes croyaient que le défunt cherchait quelqu’un pour l’accompagner dans la mort. Dans les communautés où cette superstition était répandue, fermer les paupières n’était pas simplement une question d’apparence. On plaçait parfois des pièces de monnaie sur les yeux pour les alourdir, ce qui permettait de les maintenir fermés tout en conférant à cette pratique une signification rituelle supplémentaire.
5. Des pièces de monnaie pourraient permettre de financer le voyage après la mort
Les rites funéraires de la Grèce antique prévoyaient notamment de placer une pièce de monnaie auprès du défunt, souvent dans sa bouche ou près de celle-ci. Cette pièce était associée à Charon, le passeur chargé, selon la croyance, de transporter les morts à travers les eaux menant aux Enfers. La tradition voulait que si l’on était enterré sans le paiement requis, l’âme risquait de rester errante au lieu d’atteindre sa destination finale.
6. Les oiseaux pourraient annoncer une mort imminente
Un oiseau se comportant de manière étrange aux abords d’une maison n’était pas toujours considéré comme un visiteur inoffensif. Dans le folklore britannique, européen, puis nord-américain, un oiseau entrant dans une maison ou apparaissant à plusieurs reprises à une fenêtre pouvait être interprété comme un avertissement annonçant la mort prochaine d’une personne se trouvant à l’intérieur. Les oiseaux de couleur sombre avaient notamment la réputation d’être de mauvais augure dans certaines régions, bien que les espèces concernées et la signification de ce phénomène variaient considérablement d’un endroit à l’autre.
7. Croiser un cortège funèbre pourrait porter malheur
Les cortèges funéraires faisaient l’objet d’un ensemble de règles bien à eux, car le fait d’en croiser un de manière inattendue pouvait être interprété comme un signe de danger. Dans le folklore de l’époque victorienne, croiser un cortège de face était parfois considéré comme un mauvais présage, et les gens pouvaient changer de direction plutôt que de continuer à avancer vers lui. Cette croyance reflétait une crainte plus générale selon laquelle la mort pouvait, d’une manière ou d’une autre, s’étendre au-delà du défunt et toucher quiconque se trouvait trop près de son chemin.
8. On croyait que les cloches éloignaient les mauvais esprits
Les cloches d’église ne sonnaient pas toujours pour les défunts dans le seul but d’informer la communauté qu’une personne était décédée. Au Moyen Âge et au début de l’époque moderne, les Européens croyaient parfois que ce son pouvait repousser les esprits malveillants susceptibles d’entraver le passage de l’âme vers l’au-delà. Différentes formules de sonnerie se sont progressivement développées autour des funérailles et des décès, mêlant annonces pratiques, coutumes religieuses et anciennes croyances surnaturelles.
9. Il fallait surveiller le corps
La tradition consistant à organiser une veillée funèbre, au cours de laquelle la famille et les amis veillaient toute la nuit au chevet du défunt, répondait à la fois à des raisons pratiques et à des croyances superstitieuses. Les gens voulaient s’assurer que la personne était bel et bien morte et non pas simplement plongée dans un sommeil profond, une préoccupation légitime avant que la médecine moderne ne puisse confirmer le décès avec certitude. Au-delà de ce besoin pratique, les personnes en deuil croyaient également que leur présence protégeait le corps des esprits maléfiques qui pourraient tenter de s’en emparer avant l’enterrement.
10. Une photo qui tombe pourrait annoncer un décès
Un tableau encadré tombant soudainement d’un mur pouvait inquiéter un foyer superstitieux, surtout au XIXe siècle. Les recueils victoriens de présages considéraient parfois la chute inexpliquée d’un portrait ou d’une photographie comme un avertissement annonçant la mort prochaine d’une personne liée au foyer. Lorsque la photographie s’est démocratisée, de nouvelles versions d’anciennes croyances liées aux présages de mort se sont développées autour des images et des personnes qui y figuraient.
11. Une photo avec trois personnes peut présenter des risques
La photographie a donné naissance à plusieurs nouvelles superstitions, car cette technologie semblait au départ inhabituelle et déstabilisante pour beaucoup de gens. Une croyance voulait que si trois personnes posaient ensemble, celle qui se trouvait au milieu serait la première du groupe à mourir. Cette prédiction ne reposait sur aucune logique cohérente, mais la superstition s’est suffisamment répandue pour s’inscrire dans le folklore photographique populaire.
12. Un coup de tonnerre après des funérailles pourrait être de bon augure
Toutes les superstitions liées à la mort n’annonçaient pas nécessairement un nouveau malheur. Dans certaines traditions britanniques et américaines, le tonnerre entendu après un enterrement était interprété comme la preuve que le défunt avait réussi à atteindre le paradis. Plutôt que d’effrayer les personnes en deuil, l’orage pouvait donc les rassurer sur le fait que le voyage de la personne après la mort s’était achevé de manière favorable.
13. Les chaussures neuves n'étaient pas toujours les bienvenues lors des funérailles
À l’époque victorienne, les règles de bienséance funéraire et les superstitions se recoupaient parfois de manière inattendue. Porter des vêtements neufs à des funérailles, en particulier des chaussures neuves, était considéré comme un mauvais présage dans certaines communautés, car cela était censé attirer un autre décès ou témoigner d’un souci excessif de son apparence physique. Une personne en deuil qui prenait cet avertissement au sérieux pouvait préférer porter des vêtements plus anciens et familiers plutôt que de prendre le risque de tenter le destin.
14. Les tombes étaient parfois orientées vers l'est
L’orientation d’une sépulture pouvait revêtir autant d’importance que les objets déposés dans la tombe. Dans les cimetières chrétiens, les tombes étaient souvent orientées vers l’est en raison des croyances religieuses liées à la résurrection, et le folklore populaire y ajoutait parfois l’idée que le défunt devait faire face au soleil levant. Au fil du temps, la théologie officielle, les coutumes locales et les superstitions pouvaient s’entremêler à tel point qu’il n’était pas toujours facile de distinguer une explication d’une autre.
15. Le fer pourrait empêcher les morts de sortir de leurs tombes
Des archéologues ont mis au jour des sépultures européennes datant du Moyen Âge et d’époques ultérieures dans lesquelles les corps étaient immobilisés ou transpercés par des objets en fer. Certaines communautés craignaient que certains défunts ne reviennent pour nuire aux vivants ; c’est pourquoi des tiges de fer, des pieux ou d’autres obstacles pouvaient être utilisés à titre préventif. Ces pratiques n’étaient pas généralisées, mais les tombes qui nous sont parvenues montrent que la crainte d’un retour physique du cadavre était bien plus qu’une invention littéraire.
16. Des faucilles ont été disposées sur les cadavres
Dans certaines sépultures d’Europe centrale et orientale, on trouvait des faucilles placées en travers du cou ou du torse du défunt. Les chercheurs ont établi un lien entre certaines de ces dispositions inhabituelles et la croyance selon laquelle les morts pourraient sortir de leur tombe, la lame servant alors de protection au cas où le corps commencerait à bouger. Dans les communautés craignant les revenants, la tombe elle-même pouvait être conçue de manière à empêcher le défunt de devenir une menace.
17. Des pierres ou des pièces de monnaie pourraient empêcher un cadavre de mâcher
Le folklore européen du début de l’époque moderne faisait état d’une croyance inquiétante selon laquelle certains cadavres « mâchaient » leur linceul. Cette croyance a peut-être été alimentée par le processus normal de décomposition, qui peut altérer l’aspect du tissu autour de la bouche de manière troublante. Les récits historiques recommandaient de placer des pierres, de la terre ou des pièces de monnaie dans la bouche d’un cadavre suspecté d’être « mâcheur », afin d’empêcher ce prétendu « mâchonnement » et d’écarter le danger qui y était associé.
18. Les cadenas pourraient empêcher les morts de revenir
Certaines tombes ont révélé la présence de cadenas placés sur le corps ou à proximité de celui-ci, ce qui constitue un autre signe des craintes liées à la possibilité d’un retour des cadavres. Selon les régions, le fait d’enfermer le défunt à clé visait symboliquement à le retenir ou à sceller la tombe afin de la protéger contre toute activité surnaturelle. Ces sépultures montrent à quel point certaines communautés prenaient au sérieux l’idée que la mort ne garantissait pas nécessairement qu’une personne resterait là où elle avait été enterrée.
19. Les fenêtres et les portes pourraient aider une âme à s'en aller
Lorsqu’une personne décédait, les familles de certaines régions d’Europe ouvraient parfois une fenêtre ou une porte à proximité. Ce geste était lié à la croyance selon laquelle l’âme du défunt avait besoin d’un passage libre pour quitter la maison et risquait de rester prisonnière si toutes les ouvertures restaient fermées. Une fois que l’on estimait que l’âme était partie, on pouvait refermer la fenêtre afin d’empêcher tout élément indésirable d’entrer à sa place.
20. On pourrait empêcher les morts de se tourner vers leur foyer
Plusieurs coutumes funéraires reposaient sur la même crainte fondamentale : il ne fallait pas que le défunt puisse voir la maison qu’il venait de quitter. Retourner le corps, choisir un itinéraire particulier pour se rendre au cimetière ou transporter le corps les pieds en avant pouvaient tous se justifier par l’idée qu’un esprit capable de reconnaître le chemin du retour pourrait revenir. Pour ceux qui adhéraient à ces croyances, l’enterrement n’était achevé que lorsque le défunt avait été séparé en toute sécurité du monde des vivants.