Bien avant que l’on puisse prendre une centaine de photos sans y réfléchir à deux fois, dire adieu à quelqu’un signifiait conserver les minuscules fragments tangibles de cette personne que l’on pouvait garder. Une boucle de cheveux. Une bague. Une robe de chambre qui conservait encore vaguement la silhouette de celui ou celle qui l’avait portée. Le deuil, en fin de compte, a toujours eu besoin de quelque chose à quoi se raccrocher. Ces objets peuvent paraître carrément macabres à nos yeux d’aujourd’hui : des cheveux tissés en bijoux, des moulages en plâtre de visages de défunts, des photographies de cadavres disposés de manière à donner l’impression qu’ils dorment paisiblement. Mais si l’on fait abstraction de l’aspect choquant, il ne reste qu’une dimension profondément humaine. Les gens ne cherchaient pas à être morbides. Ils essayaient de continuer à aimer quelqu’un qui n’était plus là pour les aimer en retour. Voici 20 souvenirs qui prouvent que le deuil, aussi étrange soit-il, est toujours empreint de tendresse.
1. Les cheveux de George Washington
D’une manière ou d’une autre, plus de 50 mèches de cheveux de George Washington, dont l’existence est attestée, ont survécu jusqu’à aujourd’hui, encadrées, enveloppées dans du papier ou montées en bijoux. Son épouse avait commencé à offrir des mèches à des amis proches avant même son décès, et après son enterrement, d’autres mèches ont été acquises par des particuliers.
2. Un hommage à Catherine et Abraham
Imaginez que vous portiez un minuscule cercueil au doigt. C’est exactement ce que représente cette bague de deuil datant de 1733 : un cheveu humain scellé sous un verre taillé en forme de cercueil. Gravée aux noms de Catherine et Abraham De Peyster, cette bague remplissait une double fonction : celle d’un bijou et celle d’un mémorial miniature.
3. La broche de Cornelia Hamilton
En 1868, une broche fut réalisée à partir d’une mèche de cheveux de Cornelia Ray Hamilton, soigneusement tressée et scellée sous du cristal. L’émail noir, les perles délicates, les dates gravées et un étui en cuir sur mesure ne laissaient aucun doute quant à sa fonction.
4. Bagues de deuil
Toutes les bagues n’étaient pas destinées à célébrer un mariage. Les bagues de deuil étaient souvent commandées juste après un décès ; elles portaient des gravures de noms, de dates et d’initiales, et étaient ornées de symboles tels que des cercueils, des crânes, des sabliers et des saules pleureurs.
5. Couronnes en cheveux naturels
Dans les salons victoriens, on voyait parfois accroché au mur quelque chose qu’on n’imaginerait jamais aujourd’hui : des couronnes tressées à partir de cheveux humains, façonnées en fleurs, en feuilles et en vrilles entrelacées. Certaines mèches provenaient de proches encore bien vivants, mais beaucoup provenaient de personnes qui ne l’étaient plus.
6. Une chaîne de montre de poche
Les objets tressés avec des cheveux n’étaient pas réservés à la maison. Ils voyageaient. Un homme pouvait emporter partout avec lui une chaîne de montre tressée avec les cheveux de sa défunte épouse, un accessoire discret qui semblait ordinaire aux yeux des autres, mais qui représentait tout pour lui.
7. Albums d'amitié
Les livres d’autographes du XIXe siècle ne contenaient pas seulement des notes manuscrites et des gribouillages. Il arrivait parfois qu’un ami y glisse une véritable mèche de ses cheveux, à côté d’un poème ou d’un message d’adieu. Il ne s’agissait pas uniquement de pleurer les morts, mais aussi de garder un lien avec les vivants.
8. L'aigle velu
Pendant la Guerre de Sécession, quelqu’un a réalisé une œuvre extraordinaire en cheveux : un aigle composé de mèches appartenant à 37 personnes différentes, parmi lesquelles Abraham Lincoln, Mary Lincoln, des membres du gouvernement, des sénateurs et leurs épouses. La tête de l’aigle était formée par les propres cheveux de Lincoln. Cette sculpture patriotique rendait hommage à ceux qui avaient guidé le pays à travers une période de troubles majeurs.
9. Photographies de personnes décédées
Dès 1839, les familles ont commencé à faire réaliser des photographies de leurs proches qui venaient de décéder. Parfois, le défunt était allongé dans son lit, parfois redressé pour paraître presque vivant, parfois représenté reposant dans un cercueil. Pour les familles qui n’auraient peut-être jamais possédé d’autre photographie de cette personne, c’était souvent la seule image dont elles disposeraient jamais.
10. Portraits sur le lit de mort
Avant que les appareils photo ne se généralisent, il arrivait que des artistes peignent la scène directement au chevet du mourant, immortalisant ainsi ce moment en présence des proches en deuil qui se tenaient à ses côtés. Ces œuvres d’une intimité profonde avaient pour but de préserver un souvenir qui, sans cela, aurait fini par tomber dans l’oubli.
11. Masques mortuaires
Un masque mortuaire permettait de capturer ce qu’un portrait ne pouvait pas rendre : une empreinte tridimensionnelle exacte du visage d’une personne, moulée immédiatement après son décès. Cette pratique a connu un essor considérable au XIXe siècle ; ces masques étaient souvent réalisés par des amis, des collègues artistes ou des proches en deuil. Chaque ride et chaque expression étaient conservées dans les moindres détails.
12. La dernière œuvre d'Hiram Powers
À la mort du sculpteur Hiram Powers, en 1873, deux de ses amis artistes ont réalisé un masque mortuaire directement à partir de son visage. Ce masque a permis de préserver l’expression sereine de ses traits et a offert à ceux qui connaissaient le mieux son œuvre un moyen concret de garder un souvenir de lui.
13. Petites mains en plâtre
La reine Victoria avait demandé que des moulages en plâtre des mains de ses enfants soient placés dans son cercueil à sa mort. Ces petites empreintes potelées immortalisaient une image de ses enfants qui n’existait plus au moment de son décès, des enfants qui étaient depuis longtemps devenus des adultes ayant fondé leur propre famille.
14. La robe de chambre du prince Albert
Victoria a également demandé que la robe de chambre du prince Albert soit placée à ses côtés après sa mort. C’est plutôt touchant, en fait, de choisir un objet aussi banal qu’une robe de chambre pour l’accompagner dans l’au-delà.
15. Les bagues et les médaillons enterrés avec elle
Outre sa robe de chambre, Victoria a été enterrée avec des bagues et des médaillons, de petits objets conçus pour être tenus, touchés et portés près du corps. Pour quelqu’un qui tenait à garder en permanence près de lui le souvenir d’un être cher, ces objets constituaient les compagnons ultimes parfaits.
16. Pièces hermétiques
Après la mort de Victoria en 1901, son fils Édouard VII ordonna que les appartements privés qu’elle avait partagés avec Albert à Osborne House soient entièrement mis sous scellés. Ils restèrent fermés à clé jusqu’en 1954, conservés exactement tels qu’ils avaient été laissés, avec leurs meubles, leurs effets personnels et tout le reste.
17. Le corps de Jeremy Bentham
Le philosophe Jeremy Bentham avait formulé des dernières volontés inhabituelles : il avait demandé que son corps soit conservé après sa mort, survenue en 1832. Son ami s’est exécuté : il a habillé le squelette de Bentham avec ses propres vêtements et y a ajouté une tête en cire, puis a conservé la silhouette ainsi réalisée chez lui pendant de nombreuses années.
18. Le cœur de Percy Bysshe Shelley
Après la mort par noyade de Percy Bysshe Shelley en 1822, son corps fut incinéré sur une plage italienne. Son cœur aurait résisté aux flammes et aurait été récupéré par un ami avant d’être finalement remis à Mary Shelley. Elle le conserva jusqu’à la fin de sa vie, et il fut retrouvé après sa mort, enveloppé dans de la soie et rangé parmi ses effets personnels.
19. Os humains
En Grande-Bretagne, à l’âge du bronze, certaines communautés n’enterrent pas leurs morts. Les ossements de personnes qu’elles avaient connues de leur vivant étaient parfois conservés et transformés en objets, notamment en instruments de musique. La mort ne signifiait pas une séparation totale. Des parties d’une personne pouvaient rester intégrées à la vie quotidienne, fournissant littéralement la bande-son des vivants.
20. Le cœur de Frédéric Chopin
Lorsque Frédéric Chopin est décédé à Paris en 1849, sa sœur Ludwika a respecté son souhait de voir son cœur rapatrié en Pologne. Elle l’a transporté à travers les frontières dans un bocal en cristal scellé et rempli d’alcool, puis l’a déposé à l’église Sainte-Croix de Varsovie. Il y repose encore aujourd’hui, tandis que le reste de la dépouille de Chopin est enterré à Paris.