Bien avant l’apparition des satellites ou des cartes fidèles à la réalité, des gens traversaient déjà des déserts, des océans et des chaînes de montagnes que la plupart de leurs voisins n’auraient jamais vus. Certains voyageaient pour le commerce, d’autres pour la religion, et d’autres encore semblaient être partis simplement parce que rester chez eux ne leur convenait pas. Une grande partie de ce que nous savons du monde antique ne nous est parvenue que parce que quelqu’un a consigné par écrit ce qu’il avait vu au cours d’un voyage que personne ne s’attendait à ce qu’il mène à bien. Voici 20 personnes qui ont parcouru des distances extraordinaires et qui ont laissé derrière elles des traces pour le prouver.
1. Pythéas de Massalie
Pythéas, géographe grec originaire de l’actuelle Marseille, a navigué vers le nord vers 325 av. J.-C. et a atteint la Grande-Bretagne, où il a décrit les marées et les longues journées d’été du nord avec une précision à laquelle personne, dans son pays, ne croyait. Il a évoqué une terre appelée Thulé, située six jours de voyage plus au nord, sur laquelle les historiens ne parviennent toujours pas à s’accorder.
2. Hérodote
Hérodote a passé des années à parcourir l’Égypte, la Perse et la région de la mer Noire, recueillant en chemin les récits de prêtres, de soldats et de marchands. Alliant une observation fine à des récits fantaisistes, sa volonté de consigner par écrit tout ce que les gens lui racontaient fait de ses voyages l’un des témoignages les plus riches de l’Antiquité.
3. Scylax de Caryanda
Envoyé par le roi perse Darius Ier, Scylax a descendu l’Indus puis s’est engagé dans la mer d’Oman vers 515 av. J.-C., pour finalement atteindre la mer Rouge. Ce voyage, qui a duré environ trente mois, a permis de tracer une route sur laquelle l’Empire perse s’est appuyé pendant des générations pour ses échanges commerciaux et le déplacement de ses troupes.
4. Hanno le Navigateur
Commandeur carthaginois, Hanno a mené une flotte le long des côtes de l’Afrique de l’Ouest au Ve siècle av. J.-C., fondant des colonies au fur et à mesure de son avancée et s’enfonçant plus au sud que n’importe quel marin méditerranéen avant lui. Son récit fait état d’hommes sauvages et velus, probablement des gorilles, ainsi que de rivières grouillant de crocodiles.
5. Nearchus
Nearchus, l’un des amiraux d’Alexandre le Grand, a mené une flotte de l’Indus au golfe Persique en 325 av. J.-C., empruntant une route que personne dans l’armée d’Alexandre n’avait encore jamais tentée par la mer. Les provisions vinrent à manquer et les équipages faillirent mourir de faim avant qu’il ne rédige un récit détaillé auquel les historiens se réfèrent encore aujourd’hui.
6. Mégasthène
Diplomate grec envoyé par Séleucos Ier, Mégasthène vécut pendant des années à la cour des Mauryas en Inde, vers 300 av. J.-C., devenant ainsi l’un des premiers Occidentaux à décrire en détail la société indienne. Son ouvrage, l’Indica, a été perdu, mais les historiens qui lui ont succédé l’ont suffisamment cité pour en reconstituer une grande partie.
7. Eudoxe de Cyzique
Au service de l’Égypte ptolémaïque, Eudoxe effectua deux voyages en Inde en profitant des vents de mousson ; c’est, selon certaines sources, un marin indien naufragé qui lui aurait appris à lire. Il tenta par la suite de faire le tour complet de l’Afrique, un périple qui lui prit des années et lui coûta la majeure partie de sa fortune, et dont l’issue reste controversée.
8. Zhang Qian
Envoyé vers l’ouest par l’empereur Wu de la dynastie Han vers 138 av. J.-C., Zhang Qian a passé plus d’une décennie à parcourir l’Asie centrale, dont une grande partie en tant que prisonnier, avant de s’échapper et de poursuivre son voyage malgré tout. Ses rapports ont contribué à l’ouverture des routes commerciales qui deviendront plus tard la Route de la Soie.
9. Strabon
Géographe grec né au Pont, Strabon a parcouru le monde romain, de l’Égypte jusqu’aux confins de l’Éthiopie en remontant le Nil, en passant par l’Asie Mineure et l’Italie. Son ouvrage Geographica, en dix-sept volumes, reste l’une des descriptions les plus complètes qui nous soient parvenues du monde antique.
10. Apollonius de Tyane
Philosophe grec originaire de Cappadoce, Apollonius se serait rendu en Perse, en Inde et en Égypte au Ier siècle après J.-C. à la recherche de sages et de lieux saints. Son biographe raconte qu’il aurait rencontré des ascètes en Inde, mais la part de fiction dans ce récit fait encore l’objet de débats.
11. Pausanias
Au IIe siècle après J.-C., Pausanias a parcouru la Grèce continentale, décrivant les temples, les statues et les légendes locales avec plus de détails que quiconque n’avait jamais pris la peine de le faire. Son ouvrage Description de la Grèce se lit presque comme un guide touristique, et les archéologues s’en servent encore aujourd’hui pour localiser des sites disparus.
12. Fa Xian
Fa Xian, un moine bouddhiste chinois âgé d’une soixantaine d’années, quitta la Chine à pied en 399 après J.-C. ; il traversa le désert du Taklamakan et l’Himalaya pour rejoindre l’Inde à la recherche des textes bouddhistes originaux. Ce voyage dura quinze ans, et il rentra chez lui par la mer, après avoir survécu à un naufrage en cours de route.
13. Égérie
Femme chrétienne probablement originaire d’Espagne ou de Gaule, Égérie s’est rendue en Terre Sainte vers l’an 381 après J.-C. et a rédigé une longue lettre à ses proches dans laquelle elle décrit son voyage avec des détails vivants et concrets. Redécouverte plusieurs siècles plus tard dans la bibliothèque d’un monastère, cette lettre est l’un des rares témoignages féminins de première main sur les pèlerinages de l’Antiquité qui nous soient parvenus.
14. Cosmas d'Indicopleuste
Cosmas, un marchand grec devenu moine, a sillonné les routes commerciales menant à l’Inde au début du VIe siècle après J.-C., avant de rédiger un étrange mélange de notes de voyage précises et de théologie prônant la théorie de la Terre plate. Ses descriptions des ports et des routes maritimes de l’océan Indien sont encore aujourd’hui considérées comme fiables par les historiens.
15. Aristée de Proconèse
Poète grec quasi légendaire du VIIe siècle av. J.-C., Aristeas aurait voyagé au cœur de l’Asie centrale, chez les Scythes et au-delà. Des sources antiques affirment qu’il disparut puis réapparut des années plus tard avec des récits d’hommes borgnes et de griffons gardant de l’or, récits invérifiables mais qui ont exercé une grande influence pendant des siècles.
16. Hécatée de Milet
Écrivant à la fin du VIe siècle av. J.-C., Hécatée a beaucoup voyagé à travers la Méditerranée et a rédigé l’un des tout premiers textes géographiques et l’une des premières cartes connus. Hérodote s’est par la suite appuyé sur son œuvre, tantôt en la validant, tantôt en la tournant ouvertement en dérision.
17. Sima Qian
Dans sa jeunesse, ce grand historien chinois a beaucoup voyagé à travers l’Empire Han, visitant des champs de bataille et des cours régionales avant de rédiger les « Mémoires du Grand Historien ». Le fait d’avoir parcouru à pied une grande partie des lieux dont il a parlé par la suite a conféré à son œuvre une précision ancrée dans la réalité qui faisait défaut aux historiens de cour précédents.
18. Wang Xuance
Wang Xuance, un envoyé de la dynastie Tang, a effectué au moins trois missions diplomatiques en Inde au VIIe siècle après J.-C., faisant face à de graves bouleversements politiques tout au long de son parcours. Au cours d’un de ces voyages, il a été brièvement fait prisonnier avant de s’échapper grâce à l’aide d’un royaume voisin et de mener à bien sa mission.
19. Xuanzang
Xuanzang, le plus célèbre des moines bouddhistes voyageurs, quitta la Chine sans autorisation en 629 après J.-C. et passa dix-sept ans à traverser l’Asie centrale pour rejoindre l’Inde, rassemblant des textes tout au long de son périple. Il revint avec des centaines d’écrits qui transformèrent le bouddhisme chinois et inspirèrent des œuvres de fiction ultérieures.
20. Yijing
Un autre moine bouddhiste chinois, Yijing, quitta la Chine par la mer pour se rendre à Sumatra, puis en Inde, à partir de 671 après J.-C., et passa plusieurs années à l’université monastique de Nalanda. Ses écrits comptent parmi les meilleurs témoignages qui nous soient parvenus sur le commerce maritime reliant la Chine, l’Asie du Sud-Est et l’Inde.