En feuilletant de vieux journaux, des revues médicales et des sermons, on constate l’émergence d’une tendance étrange. Peu importait que la « menace » prenne la forme d’un roman, d’un pas de danse, d’une coupe de cheveux ou d’un vélo : dès lors qu’elle donnait aux femmes davantage de contrôle sur leur corps, leur esprit ou leur emploi du temps, quelqu’un ne manquait pas de la qualifier de dangereuse. Parfois, cette panique se drapait dans le costume de la moralité. Parfois, elle empruntait le langage de la médecine, mettant en garde contre des nerfs fragiles, une fertilité compromise ou la vague menace de la « délicatesse » féminine. Mais une fois les justifications écartées, la véritable crainte était presque toujours la même : les femmes échappaient à tout contrôle. Elles lisaient des choses qu’elles n’étaient pas censées lire, se rendaient dans des endroits où elles n’étaient pas censées aller, rencontraient des personnes qu’elles n’étaient pas censées rencontrer et décidaient par elles-mêmes de leur apparence, de leurs gestes et de leur mode de vie.
1. Romans et romans d'amour
Bien avant que l’on ne s’inquiète de l’influence néfaste de la télévision sur l’esprit des jeunes, on craignait que ce soient les livres qui aient cet effet. Les romans gothiques et les romans d’amour étaient accusés de remplir l’esprit des femmes d’idées dangereuses sur l’amour, le désir et l’indépendance. Les détracteurs de la censure affirmaient que les femmes étaient particulièrement susceptibles d’être « corrompues » par leurs lectures.
2. La valse
Aujourd’hui, on la retrouve dans les séries historiques et les réceptions de mariage, mais la valse était autrefois considérée comme d’une intimité scandaleuse. Contrairement aux danses de groupe plus anciennes et plus formelles, elle rapprochait deux corps qui évoluaient à l’unisson pendant toute la durée d’un morceau. Les chefs religieux et les défenseurs de la morale la jugeaient inconvenante, voire suggestive, et mettaient en garde contre le risque qu’elle ne compromette la vertu des femmes.
3. Enseignement supérieur
Dans les années 1870, certains médecins ont avancé l’hypothèse surprenante selon laquelle trop d’études pouvaient causer des dommages physiques au système reproducteur d’une jeune femme. Cette théorie partait du principe que le corps féminin ne disposait que d’une quantité limitée d’énergie, et que consacrer cette énergie à l’algèbre ou au latin revenait à la soustraire à l’utérus.
4. Cours de piano
Même une activité aussi saine que la pratique musicale n’échappait pas aux soupçons. Les écrivains du XIXe siècle craignaient que les jeunes filles qui s’entraînaient sérieusement au piano ne risquent de surexciter leurs nerfs, d’emballer leur imagination ou de perturber leur cycle menstruel.
5. Bloomers et pantalons
Les partisans de la réforme vestimentaire avaient un objectif simple et pratique : libérer les femmes des vêtements qui les empêchaient de marcher, de respirer ou de bouger. Les bloomers, portés sous une jupe plus courte, constituaient la solution. Les détracteurs n’étaient pas convaincus et accusaient ce vêtement d’être une atteinte à la féminité même.
6. Vélos
Peu d’inventions ont apporté aux femmes autant de liberté au sens propre que le vélo. Du jour au lendemain, une femme pouvait se déplacer seule, sans chaperon, plus loin et plus vite que jamais auparavant. Cela nécessitait également des vêtements plus amples et plus pratiques, ce qui n’a fait qu’ajouter de l’huile sur le feu. En 1896, un critique de renom est même allé jusqu’à accuser le vélo d’être responsable d’une prétendue montée de l’immoralité chez les jeunes Américaines.
7. Le droit de vote des femmes
La lutte pour le droit de vote n’a jamais porté uniquement sur les bulletins de vote. Les opposants au suffrage féminin affirmaient que permettre aux femmes de participer à la vie politique bouleverserait la répartition des tâches au sein du foyer, brouillerait les rôles entre les sexes et éloignerait les femmes de leur foyer et de leur famille.
8. Contraception
Pendant une grande partie de l’histoire des États-Unis, les informations relatives à la prévention de la grossesse pouvaient légalement être qualifiées d’obscènes. Les réformateurs qui tentaient d’éduquer les femmes sur leur propre corps s’exposaient à des poursuites judiciaires, tandis que les militants de la lutte contre les mœurs considérèrent les connaissances en matière de reproduction comme un risque moral.
9. Automobiles
L’automobile a résolu un problème que les parents tentaient d’éviter depuis des générations : l’intimité. Dans les années 1920, les adultes s’inquiétaient ouvertement de voir de jeunes couples partir ensemble « en voiture », hors de vue et hors de portée de l’oreille.
10. Salles de danse publiques
Les salles de danse offraient aux jeunes quelque chose de rare : un lieu où se retrouver, discuter et danser sans avoir un parent dans les parages. Les municipalités ont réagi en instaurant des règles strictes concernant les horaires, la surveillance et le comportement. Une ordonnance, restée célèbre, imposait notamment aux danseurs de rester à au moins six pouces les uns des autres.
11. Films
Les films ont fait découvrir au public l’amour, le crime, l’alcool et les transgressions glamour à une échelle sans précédent. La crainte était simple : les jeunes femmes qui regardaient ces versions palpitantes et exagérées de comportements interdits risquaient de s’en inspirer.
12. Jazz
Le jazz s’est retrouvé au cœur même des inquiétudes des années 1920 concernant la culture des jeunes. Les détracteurs associaient cette musique à la consommation d’alcool, aux danses intimes et aux « caresses », et les attitudes racistes à l’égard de ses racines musicales noires ne faisaient qu’exacerber cette réaction hostile. Son immense popularité auprès du jeune public blanc a fait voler en éclats les barrières culturelles que bon nombre d’Américains plus âgés souhaitaient désespérément préserver.
13. Cigarettes
Autrefois, le fait pour une femme de fumer en public était un acte de défi. Dans les années 1920, la cigarette était devenue l’accessoire emblématique des « flappers », des figures déjà controversées. Fumer en public était une manière modeste mais visible de revendiquer une liberté qui, pendant longtemps, avait été presque exclusivement réservée aux hommes.
14. Cocktails et bars clandestins
Les flasques, les bars clandestins, les nuits blanches et les soirées dansantes aux côtés d’hommes sont devenus les traits caractéristiques de la jeune femme « facile » que les critiques adoraient condamner. Ce qui dérangeait vraiment les traditionalistes, ce n’était pas seulement l’alcool. C’était le fait que ces soirées se déroulaient dans des endroits hors de portée des parents.
15. La coupe au carré
Se faire couper les cheveux courts ne semble pas particulièrement rebelle aujourd’hui, mais au début du XXe siècle, cela pouvait provoquer une véritable crise familiale. Le carré était devenu si étroitement associé aux jeunes femmes rebelles que certains coiffeurs refusaient au départ de le réaliser. La culture populaire considérait cette coiffure comme suffisamment scandaleuse pour bouleverser toute une famille, simplement parce qu’elle rompait visiblement avec les idées traditionnelles sur ce à quoi devait ressembler la féminité.
16. Rouge à lèvres et maquillage visible
Avant que les cosmétiques ne se démocratisent, le maquillage visible souffrait d’une mauvaise réputation. Le fard à joues et le rouge à lèvres étaient depuis longtemps associés à des femmes jugées de mauvaise réputation ; ainsi, une jeune femme qui se maquillait de manière ostensible rejetait les anciennes normes de modestie.
17. Maillots de bain une pièce
Les règles de pudeur ne s’arrêtaient pas au bord de l’eau. Autrefois, les maillots de bain féminins couvraient presque tout le corps ; ainsi, lorsque les maillots ont commencé à devenir plus courts et plus pratiques dans les années 1910 et 1920, ce changement a été perçu comme un véritable bouleversement. Le maillot une pièce s’est inscrit dans l’esthétique plus large des « flappers », et soudain, les bras et les jambes dénudés se sont retrouvés au cœur d’un débat bien plus vaste sur la respectabilité féminine.
18. Sports de compétition
Pendant des générations, on a fait croire aux sportives que la pratique intensive d’un sport pouvait nuire à leur santé ou compromettre leur fertilité. Le sport développait également une musculature visible, exigeait des tenues pratiques et exposait les femmes à la compétition publique, autant d’éléments qui ont progressivement ébranlé l’idée victorienne selon laquelle les femmes étaient censées être délicates et décoratives.
19. Rock 'n' Roll
Dans les années 1950, les adultes avaient une nouvelle raison de s’alarmer. Les mouvements de hanches d’Elvis Presley et ses fans adolescents inconditionnels lui valurent des accusations de vulgarité, voire d’« animalité ». Les racines du genre dans le rhythm and blues noir ajoutèrent une dimension supplémentaire à cette polémique, mêlant culture jeune, question raciale, sexualité et évolution des normes sociales.
20. Les minijupes
Lorsque, dans les années 1960, la longueur des jupes a considérablement raccourci pour passer bien au-dessus du genou, les générations plus âgées ont réagi avec un choc prévisible. Les jeunes femmes, quant à elles, ont adopté la minijupe comme symbole d’une époque plus libre et plus décontractée, et d’une volonté croissante de faire fi des règles de leurs parents en matière de tenue vestimentaire respectable.