Imaginez une décennie qui a transformé une curiosité de salon en véritable cœur battant de la vie américaine. En 1950, seul un foyer sur huit environ possédait un téléviseur. En 1960, c’était le cas de sept foyers sur huit. Chaque fois qu’un phénomène se propage aussi rapidement, il entraîne dans son sillage une vague de panique. Parents, enseignants, prédicateurs, politiciens et secteurs d’activité entiers ont soudain dû composer avec cette boîte lumineuse capable de retenir l’attention d’une personne pendant des heures d’affilée. On a accusé la télévision d’engendrer la paresse, de réduire la capacité d’attention, de faire disparaître les traditions et même de contribuer à la lente dégradation de la démocratie elle-même. Certaines de ces craintes se sont avérées largement exagérées. D’autres ont déclenché des débats qui, chose remarquable, font encore l’objet de discussions aujourd’hui. Voici 20 choses que les gens juraient autrefois que la télévision allait détruire.
1. Conversation en famille
La toute première critique à avoir été formulée : la télévision rassemblait les familles dans la même pièce, mais faisait en sorte que personne n’échange un mot avec les autres. Certes, tout le monde restait désormais à la maison le soir, rivé au même écran lumineux, mais les détracteurs ont remarqué qu’il manquait quelque chose. Où étaient passées les conversations ? Les parties de cartes ? Ce véritable sentiment de convivialité que le fait d’être ensemble était censé créer ?
2. Le dîner en famille
Puis vint le « TV dinner », ce plateau empilable composé de viande, de féculents et de légumes, conçu pour être mangé sur les genoux devant une émission plutôt qu’à table. Les plateaux pliants devinrent des meubles. Les détracteurs craignaient que le repas pris à table, avec son contact visuel forcé et ses conversations partagées, ne disparaisse discrètement des foyers américains, un steak de Salisbury surgelé à la fois.
3. Tâches ménagères
La radio avait toujours été une compagne indulgente ; on pouvait l’écouter tout en frottant le sol ou en repassant une chemise. La télévision exigeait quelque chose que la radio n’avait jamais demandé : vos yeux. Dès qu’une émission préférée commençait, la vaisselle pouvait attendre. Les critiques imaginaient des foyers entiers sombrer dans le désordre tandis que les mères restaient scotchées devant leur écran, la poussière s’accumulant dans les coins d’une maison soudainement négligée.
4. Le salon
Autrefois, les meubles étaient disposés face à face, de manière à favoriser la conversation. Désormais, ils faisaient face à une boîte. Canapés et fauteuils avaient pivoté vers cette nouvelle pièce maîtresse, et certains critiques ont sincèrement déploré ce changement, voyant une pièce conçue pour favoriser les liens humains se réorganiser autour d’une machine.
5. Lecture
Pourquoi ouvrir un roman alors qu’une histoire peut tout simplement se dérouler sous vos yeux, avec du son et du mouvement, sans que vous ayez à faire le moindre effort ? Les critiques étaient convaincus que les enfants abandonneraient complètement les livres. En réalité, la télévision a surtout pris du temps aux bandes dessinées, aux films et aux magazines de gare, et non à la littérature elle-même.
6. Devoirs
Peu de choses mettaient autant à l’épreuve la volonté d’un adolescent qu’un devoir d’algèbre qui entrait en concurrence avec son émission préférée diffusée exactement au mauvais moment. Les parents craignaient que les notes ne s’effondrent sous le poids de la tentation des heures de grande écoute.
7. Le sommeil
Une émission de télévision, contrairement à un parent, ne se soucie pas de l’heure du coucher. Elle continue tout simplement. Les enfants ont négocié des heures de retour de plus en plus tardives pour pouvoir voir la fin d’une émission, et l’heure du coucher a effectivement été repoussée dans une certaine mesure. Mais cette génération épuisée et en manque de sommeil que certains adultes imaginaient n’a jamais vraiment vu le jour.
8. La vue
« Ne t’assieds pas si près, tu vas abîmer tes yeux. » Presque tous les foyers répétaient une version ou une autre de cet avertissement, alors que les enfants s’installaient à quelques pouces de l’écran. C’est devenu un adage populaire, répété pendant des décennies. Et pourtant, rien ne prouvait que les enfants qui regardaient la télévision avaient réellement une vue moins bonne que les autres.
9. Jeux en plein air
Chaque heure passée sur le canapé était une heure qui n’était pas passée à vélo, dans un arbre ou à courir après un ballon dans la rue, et les adultes l’ont remarqué. La télévision a certes empiété sur le temps passé à l’extérieur, mais elle n’a pas transformé toute une génération en reclus sans aucun intérêt pour le monde au-delà de l’écran.
10. Les valeurs des enfants
Du jour au lendemain, les enfants se sont retrouvés à regarder chaque soir, dans le salon familial, des histoires de crime, d’amour, de trahison et de conflits entre adultes, qui mettaient souvent en scène des situations bien éloignées de leur réalité. Les détracteurs craignaient que ces personnages fictifs ne bouleversent, épisode après épisode, la perception qu’avaient les enfants du bien et du mal, de la réussite et de l’échec, de l’autorité et de la rébellion.
11. La tranquillité d'esprit des enfants
Une scène effrayante dans un livre reste sur la page. Une scène effrayante à la télévision s’invite directement dans votre salon. Les jeunes enfants, qui apprennent encore à faire la distinction entre la fiction et la réalité, peuvent être véritablement bouleversés par des contenus effrayants, et les parents craignaient que la télévision ne leur apporte des cauchemars directement sur leur canapé.
12. Le comportement chez l'enfant
Les enfants imiteraient-ils ce qu’ils voient ? Bagarres, fusillades, scènes de chaos dans les dessins animés : parents, législateurs et chercheurs ont passé des décennies à débattre pour savoir si la violence à l’écran engendrait de l’agressivité dans la vie réelle. Au début des années 1970, cette question était devenue un véritable sujet de préoccupation nationale, et le débat sur la violence dans les médias n’a jamais vraiment trouvé de réponse définitive.
13. Le bon goût
Si l’on cherche à toucher le public le plus large possible, qu’obtient-on ? Les critiques craignaient que la télévision ne privilégie toujours le plus petit dénominateur commun au détriment de l’ambition, en favorisant les formules toutes faites et le spectacle, tandis que le théâtre, la musique et les idées sérieuses seraient relégués au second plan. Ils redoutaient que la pression commerciale ne réduise la culture à quelque chose de sans risque, de facile et d’insignifiant.
14. Radio
La radio avait déjà révolutionné le salon américain une première fois ; il était donc logique que la télévision soit également perçue comme une menace. Le public s’est tourné vers la télévision pour les séries dramatiques et les comédies qu’il écoutait autrefois à la radio. La radio n’a toutefois pas disparu. Elle s’est réinventée en misant sur la musique, l’actualité et les émissions-débats, et a ainsi trouvé une seconde vie.
15. Cinémas
Pourquoi payer un billet et une baby-sitter alors que le divertissement était désormais gratuit, directement dans le salon ? Hollywood a vu la fréquentation des salles baisser, même si la suburbanisation et les bouleversements au sein des studios ont également leur part de responsabilité. L’industrie cinématographique a riposté en proposant des spectacles en grand écran, des effets 3D et des couleurs qu’un petit écran de télévision en noir et blanc ne pouvait tout simplement pas égaler.
16. La foule dans les stades
Les responsables du football universitaire ont paniqué à l’idée que les supporters puissent préférer regarder un match gratuitement chez eux plutôt que de se rendre au stade. La fréquentation a effectivement baissé sur les marchés où les matchs télévisés entraient en concurrence directe avec la vente de billets. La réponse a été sans appel : limiter les retransmissions en direct et protéger les recettes du stade, tandis que tout le monde s’efforçait de comprendre ce que cette nouvelle technologie signifiait pour l’avenir du sport en direct.
17. Journaux locaux
Pourquoi attendre le journal de demain alors que le présentateur du journal télévisé de ce soir pourrait vous raconter ce qui s’est passé aujourd’hui ? La télévision a fait entrer les informations nationales, voire locales, directement dans les foyers, et les journaux en ont ressenti les effets presque immédiatement, tant au niveau du tirage que des recettes publicitaires. Le journalisme local, en particulier, a dû s’adapter rapidement à un concurrent qui ne paraissait jamais sur papier.
18. Le journalisme sérieux
Même les journalistes de la télévision craignaient que ce média ne privilégie le divertissement au détriment du fond. En 1958, un présentateur de renom a averti que les intérêts commerciaux inondaient les heures de grande écoute de programmes d’évasion, reléguant au second plan la véritable couverture des affaires publiques.
19. La politique démocratique
Dès que les candidats ont commencé à faire campagne devant les caméras, les détracteurs ont craint que le style ne prenne le pas sur le fond. Un sourire assuré et un décor de studio bien éclairé finiraient-ils par l’emporter sur les véritables mesures politiques ? D’autres y voyaient au contraire un réel potentiel, estimant que les électeurs disposaient enfin d’une place au premier rang pour observer les responsables politiques de près et se faire leur propre opinion sur leur personnalité.
20. Une enfance sans publicité
Les annonceurs ont pris conscience d’un phénomène puissant : les enfants regardaient la télévision et demandaient à leurs parents de leur acheter des choses. Dans les années 1970, cela avait déclenché une véritable vague de réactions réglementaires, visant à limiter le temps d’antenne publicitaire et à lutter contre la « vente par l’animateur », pratique consistant pour une personnalité de la télévision très appréciée à vanter des produits au cours de l’émission même à laquelle les enfants faisaient confiance. La crainte était simple : les jeunes téléspectateurs étaient-ils capables de distinguer où s’arrêtait l’histoire et où commençait l’argumentaire de vente ?