Imaginez un peu : vous naissez au sein de l’une des familles les plus photographiées de la planète, et pourtant vous ne pouvez pas épouser qui vous voulez sans en informer au préalable le Parlement ; vos proches décédés risquent de rester enfermés pendant 90 ans ; et il existe un ancien droit qui lie votre famille à une colonie de cygnes. Bienvenue dans la vie de la famille royale britannique, où des siècles de lois, de querelles religieuses et de traditions tenaces ont donné naissance à un code de règles si étrange que la moitié d’entre elles semblent tout droit sorties d’un roman fantastique. Ce n’est pourtant pas le cas. Toutes les règles ci-dessous sont bien réelles, et chacune d’entre elles cache une histoire étonnamment logique (quoique très ancienne).
1. La couronne change de mains en un clin d'œil
Oubliez ce que vous montrent les films. Un couronnement n’est qu’une simple cérémonie et n’a aucune valeur juridique. Dès qu’un monarque décède, le suivant monte sur le trône. Le couronnement a lieu plus tard, uniquement pour le public, afin de laisser au pays le temps d’organiser un spectacle. En coulisses, le transfert de pouvoir a déjà eu lieu, souvent avant même que la plupart des gens n’aient eu vent de la nouvelle.
2. Le catholicisme reste un facteur rédhibitoire
La Grande-Bretagne a révisé bon nombre de ses règles de succession, mais une restriction a obstinément survécu : un catholique romain ne peut devenir monarque. Cette décision politique moderne est un vestige des violents conflits religieux et politiques qui ont marqué le XVIIe siècle et le début du XVIIIe siècle.
3. Limites d'âge
Il existait autrefois un biais inhérent à la succession royale : les fils cadets passaient devant leurs sœurs aînées. Cela a finalement changé pour toutes les personnes nées après le 28 octobre 2011. C’est désormais l’ordre de naissance, et non plus le sexe, qui détermine l’ordre de succession. Cela dit, il y a une exception : les membres de la famille royale nés avant cette date butoir restent soumis à l’ancien système.
4. La profession de foi
Lorsqu’il monte sur le trône, le monarque est légalement tenu de faire une déclaration solennelle affirmant sa foi protestante. Cela fait directement écho à la longue et tumultueuse histoire des conflits religieux en Grande-Bretagne, à une époque où les relations entre la Couronne, le Parlement et l’Église étaient tout sauf stabilisées.
5. Écosse
Comme si une seule déclaration ne suffisait pas, le monarque doit également faire une promesse distincte concernant spécifiquement l’Église d’Écosse, s’engageant à protéger son gouvernement, son mode de culte et ses privilèges.
6. Le serment du couronnement
Le monarque ne peut pas se contenter de lancer quelques promesses qui sonnent bien le jour de son couronnement. De larges passages du serment remontent à une loi adoptée en 1688, qui énonce des engagements envers la loi, la justice et la foi protestante. Ainsi, même si les couronnements d’aujourd’hui sont radicalement différents de ceux du XVIIe siècle, certains des mots prononcés datent de plus de 300 ans.
7. Le roi n'a pas de passeport
En voici une anecdote amusante : le monarque régnant peut voyager à l’étranger sans passeport britannique. Pourquoi ? Comme les passeports sont délivrés sous l’autorité du souverain lui-même, il n’y a aucune raison logique pour que celui-ci s’en délivre un à lui-même. Tous les autres membres de la famille royale, en revanche, ont besoin d’un passeport, tout comme nous tous.
8. L'étendard royal n'est jamais mis en berne
Lorsqu’un monarque décède, les drapeaux de tout le pays sont mis en berne en signe de deuil, mais pas l’étendard royal. Ce drapeau représente spécifiquement le souverain, et comme un nouveau monarque prend la relève dès l’instant où l’ancien décède, il y a techniquement toujours un roi ou une reine en vie qu’il peut représenter. L’absence de vide de pouvoir signifie qu’il n’y a aucune raison de le mettre en berne.
9. Les anniversaires
La date réelle de l’anniversaire du monarque et celle de la célébration officielle de cet anniversaire coïncident rarement. Ce grand événement public, avec ses défilés militaires et ses foules immenses, est délibérément programmé pendant la saison chaude pour des raisons pratiques.
10. Le Maundy royal
Lors de la cérémonie royale du Maundy, le nombre de personnes qui reçoivent des cadeaux et le nombre de pence contenus dans les pièces de monnaie spécialement frappées pour l’occasion correspondent tous deux à l’âge du monarque. À mesure que le souverain vieillit, la cérémonie prend littéralement de l’ampleur avec lui.
11. Testaments royaux
Imaginez que vous mouriez et que votre testament reste secret pendant près d’un siècle. C’est la réalité pour les membres de la famille royale de haut rang, dont les testaments sont sous scellés et inaccessibles au public pendant 90 ans. Même à l’issue de cette longue période, les documents ne sont pas automatiquement rendus publics.
12. Noms de famille
La plupart des membres de la famille royale de haut rang s’abstiennent d’utiliser un nom de famille classique dans les contextes officiels, principalement parce que des titres tels que « prince », « princesse », « duc » ou « duchesse » constituent des identifiants tout à fait suffisants. Dans les rares cas où un nom de famille est nécessaire, certains descendants de la reine Élisabeth II et du prince Philip peuvent utiliser « Mountbatten-Windsor ».
13. Les proches
Le fait de partager l’ADN du monarque ne confère pas automatiquement un titre royal. Des règles établies dès 1917 définissaient précisément quels membres de la famille pouvaient porter le titre de prince ou de princesse, et des modifications ultérieures ont ajusté ces limites pour certaines générations.
14. Le titre d'une princesse
Cette règle pose problème à beaucoup de gens. Une femme qui devient princesse par mariage peut utiliser la forme féminine du titre princier de son mari, plutôt que d’y ajouter son propre prénom.
15. Doublures
Lorsque la maladie ou un voyage empêche le monarque de s’acquitter de ses fonctions officielles, des membres éminents de la famille royale, appelés « conseillers d’État », peuvent prendre le relais et assumer certaines responsabilités. Il ne s’agit toutefois pas d’un « chèque en blanc ». Certaines responsabilités sont si étroitement liées à la personne du souverain qu’elles ne peuvent tout simplement pas être déléguées à quiconque.
16. Duc de Cornouailles
Le simple fait d’être le prochain dans l’ordre de succession au trône ne suffit pas pour obtenir le titre de duc de Cornouailles. Ce duché est réservé exclusivement au fils aîné survivant du souverain qui est également l’héritier du trône. Il s’agit d’une formulation très précise, destinée à empêcher certains héritiers de revendiquer ce titre pour eux-mêmes.
17. Les terres du duc
Le fait d’être propriétaire du duché de Cornouailles ne signifie pas pour autant que l’on puisse traiter ses terres comme un portefeuille immobilier personnel. Les ventes immobilières importantes doivent faire l’objet d’un contrôle externe, ce qui empêche tout duc de morceler ou de céder des actifs significatifs. L’objectif est précisément de préserver le domaine pour celui qui détiendra le titre à l’avenir.
18. The Crown Estate
Malgré son nom, le Crown Estate n’appartient pas personnellement au monarque, et ce dernier ne peut pas le vendre pour en empocher les bénéfices. Ces biens sont liés à l’institution de la Couronne elle-même plutôt que d’être considérés comme faisant partie de la fortune privée du monarque, et ils sont gérés séparément de ce que la famille royale possède réellement à titre individuel.
19. Les cygnes
Le mythe populaire selon lequel le monarque serait propriétaire de tous les cygnes de Grande-Bretagne n’est pas tout à fait vrai, mais la véritable tradition reste suffisamment étrange pour susciter la surprise. La Couronne détient en effet un droit ancestral lié à certains cygnes tuberculés non marqués vivant en eaux libres. De nos jours, cette ancienne coutume se traduit principalement par des efforts de conservation et de surveillance, plutôt que par autre chose.
20. Un otage symbolique
Peu de traditions royales semblent plus spectaculaires que celle-ci. Avant l’arrivée du monarque pour l’ouverture solennelle du Parlement, des gardes d’honneur fouillent les caves, un rituel qui remonte à la Conspiration des poudres de 1605. Parallèlement, un député est symboliquement retenu à la résidence royale en tant qu’« otage » d’apparat jusqu’au retour du souverain, perpétuant ainsi l’une des coutumes politiques les plus singulières encore en vigueur aujourd’hui en Grande-Bretagne.