Lorsque l’on aperçoit des saints dans un tableau, ils apparaissent généralement d’un calme remarquable, mais ce stoïcisme peut nous faire oublier à quel point certaines de leurs vies ont été atroces. Qu’il s’agisse des prisons médiévales, des persécutions religieuses ou même des camps de concentration, ces hommes et ces femmes, canonisés par la suite, ont enduré des horreurs inimaginables pour servir d’exemples. Certains récits anciens mêlent histoire et tradition, mais même une fois débarrassées de leurs embellissements, ces 20 histoires ne sont pas de lecture facile.
1. Sainte Perpétue
Perpétue était une jeune mère vivant à Carthage, sous domination romaine, lorsqu’elle fut arrêtée pour sa foi chrétienne vers l’an 203 après J.-C. Le récit qu’elle a laissé de son séjour en prison décrit la séparation d’avec son enfant, alors qu’elle l’allaitait encore. Elle et sa codétenue Félicité furent finalement envoyées dans l’arène, où une vache sauvge les attaqua avant que les bourreaux ne reçoivent l’ordre d’achever leur tâche.
2. Sainte Félicité
À ce propos, Félicité est également entrée en prison alors qu’elle était enceinte, ce qui a posé un problème particulièrement grave : la loi romaine interdisait d’exécuter une femme alors qu’elle portait un enfant. Le récit indique qu’elle a accouché prématurément, quelques jours seulement avant les jeux. Elle a ensuite confié sa fille nouveau-née à une autre femme et s’est avancée dans l’arène aux côtés de Perpétue. Après avoir survécu à l’attaque des bêtes, Félicité a été tuée par les gladiateurs.
3. Saint Sébastien
Si vous ne connaissez Sébastien qu’à travers ces tableaux où il est criblé de flèches, vous ne voyez en réalité que la partie de son exécution qui aurait échoué. Selon la tradition ancienne, ce soldat romain aurait été ligoté et transpercé de flèches pendant la persécution de Dioclétien, avant qu’une femme nommée Irène ne le découvre encore en vie et ne le soigne jusqu’à ce qu’il retrouve la santé. Sébastien aurait alors de nouveau affronté l’empereur, ce qui n’était pas la décision la plus prudente, et la tradition veut qu’il ait été battu à mort.
4. Saint Paul Miki
Paul Miki était un jésuite japonais arrêté lors de la répression du christianisme menée par Toyotomi Hideyoshi à la fin du XVIe siècle. Avec 25 de ses compagnons, il fut contraint de marcher sur des centaines de miles jusqu’à Nagasaki, humilié publiquement tout au long du trajet, puis crucifié sur la colline de Nishizaka en 1597. On raconte même qu’il aurait continué à prêcher depuis sa croix.
5. Saint Polycarpe
Polycarpe était déjà un évêque d’âge mûr lorsque les autorités romaines l’ont arrêté. Elles lui ont alors donné le choix : sauver sa vie en renonçant au christianisme. Le récit antique de son martyre rapporte que les fonctionnaires l’ont menacé de le livrer aux bêtes sauvages et au feu, mais il n’a pas cédé à leurs menaces. Il a finalement été brûlé vif, puis poignardé lorsque les flammes n’ont pas eu raison de lui.
6. Sainte Agnès de Rome
Agnès était une jeune martyre chrétienne de Rome qui aurait été tuée lors des persécutions du début du IVe siècle. On dispose de peu d’informations fiables sur sa vie, mais selon des traditions ultérieures, cette adolescente aurait refusé tant le mariage que les pressions exercées pour qu’elle renonce à sa foi. Même les circonstances exactes de sa mort restent incertaines, les sources évoquant tantôt un coup de couteau, tantôt une décapitation.
7. Sainte Agathe de Sicile
La tradition présente Agathe comme une jeune chrétienne sicilienne qui repoussa les avances d’un fonctionnaire romain lors des persécutions des croyants au IIIe siècle. Les récits ultérieurs de son martyre évoquent son emprisonnement et les tortures qu’elle subit ; le plus célèbre d’entre eux est représenté dans l’art religieux, où on la voit portant des morceaux de sa poitrine sur un plateau.
8. Sainte Lucie de Syracuse
Lucy de Syracuse était une jeune chrétienne qui aurait été mise à mort au début du IVe siècle, bien que les sources qui nous sont parvenues laissent planer de nombreuses incertitudes. La tradition raconte qu’elle fut dénoncée comme chrétienne pendant les persécutions de Dioclétien, qu’elle survécut à des tentatives visant à la déplacer ou à la brûler, et qu’elle fut finalement mise à mort. La célèbre histoire selon laquelle on lui aurait arraché les yeux n’est apparue que plus tard.
9. Sainte Jeanne d'Arc
La carrière militaire de Jeanne dura à peine assez longtemps pour qu’elle atteigne l’âge adulte avant que les forces ennemies ne la capturent en 1430. Remise aux Anglais et poursuivie pour hérésie, la jeune femme de 19 ans passa des mois à subir des interrogatoires avant d’être condamnée par un tribunal ecclésiastique. En 1431, Jeanne fut brûlée sur le bûcher, et l’Église qui l’avait condamnée annula par la suite ce verdict avant qu’elle ne soit finalement canonisée.
10. Saint Thomas More
Thomas More est passé du poste de chancelier d’Henri VIII à celui de prisonnier dans une cellule de la Tour de Londres, simplement parce qu’il refusait de reconnaître la suprématie du roi sur l’Église d’Angleterre. Son emprisonnement dura bien plus d’un an, période durant laquelle son état de santé se détériora tandis que les autorités faisaient pression sur lui pour qu’il prête le serment exigé. Il fut condamné pour trahison et décapité en 1535.
11. Saint Jean Fisher
Du point de vue d’Henri VIII, l’évêque John Fisher commit la même erreur : celle de refuser de reconnaître le roi comme chef suprême de l’Église d’Angleterre. Fisher, lui aussi, passa plus d’un an emprisonné à la Tour de Londres, où son état de santé s’aggrava également. Tout comme More, il fut condamné pour trahison et décapité en 1535, deux semaines avant More.
12. Saint Edmund Campion
Edmund Campion revint secrètement en Angleterre, alors protestante, en tant que prêtre jésuite, voyageant sous de faux noms alors que les autorités traquaient les missionnaires catholiques. Capturé en 1581, il fut emprisonné à la Tour de Londres et soumis à plusieurs reprises au supplice du chevalet avant d’être condamné pour trahison. Campion fut traîné jusqu’à Tyburn où il fut ensuite pendu, écartelé et démembré.
13. Sainte Marguerite Clitherow
Margaret Clitherow a passé des années à cacher des prêtres catholiques à York, malgré ses incarcérations répétées et les lois qui faisaient d’elle une cible. Lorsqu’elle fut finalement poursuivie en justice en 1586, elle refusa de se prononcer sur le bien-fondé des accusations, craignant qu’un procès ne contraigne ses enfants à témoigner contre elle. Les autorités la soumirent à la « peine forte et dure ».
14. Saint André Dung-Lac
Andrew Dung-Lac a grandi au Vietnam, est devenu prêtre catholique et a exercé son ministère pendant de nombreuses années. Les autorités l’ont arrêté à plusieurs reprises et, après sa dernière arrestation en 1839, il a été emprisonné tandis que les responsables faisaient tout leur possible pour le pousser à renier ses convictions. Il a refusé, et Andrew a été décapité en 1839. Il est ensuite devenu l’un des 117 martyrs vietnamiens canonisés par Jean-Paul II.
15. Saint José Sánchez del Río
José Sánchez del Río n’avait que 14 ans lorsqu’il fut capturé pendant la guerre des Cristeros au Mexique, en 1928. Les témoignages font état d’emprisonnement, de coups et d’une dernière marche forcée vers le cimetière, les pieds ensanglantés, avant qu’on ne lui demande de renoncer à ses convictions. José refusa et fut tué peu avant son quinzième anniversaire. Le pape François l’a canonisé en 2016.
16. Saint Lorenzo Ruiz
Lorenzo Ruiz s’est enfui des Philippines après avoir été accusé d’un meurtre. Il a ensuite embarqué avec des missionnaires dominicains à destination du Japon, où le christianisme faisait déjà l’objet de persécutions. Les autorités japonaises les ont arrêtés et les ont soumis à des tortures visant à les contraindre à renier leur foi, mais Ruiz n’a pas cédé. Il est mort à Nagasaki en 1637 et est devenu par la suite le premier saint philippin.
17. Saint André Kim Taegon
Né dans une famille catholique coréenne, Andrew Kim Taegon a dû partir à l’étranger pour suivre une formation sacerdotale, car la Corée ne disposait d’aucun système de séminaire légal. Après être devenu le premier prêtre catholique coréen de souche, il a aidé clandestinement les missionnaires, alors que la pratique du christianisme était passible de la peine de mort. La justice a d’ailleurs fini par le rattraper : en 1846, les autorités l’ont arrêté, torturé, puis finalement décapité.
18. Sainte Maria Goretti
Maria Goretti n’avait que 11 ans lorsqu’Alessandro Serenelli l’a agressée au domicile familial, en Italie, en 1902, après qu’elle eut repoussé ses avances. Malgré les efforts des médecins pour la sauver, elle est décédée le lendemain ; son histoire a par la suite fait grand bruit, car elle aurait pardonné à Serenelli avant de mourir.
19. Saint Maximilien Kolbe
Le franciscain polonais Maximilien Kolbe fut arrêté par les nazis et déporté à Auschwitz. Après la fuite présumée d’un autre prisonnier en 1941, les autorités choisirent dix hommes pour mourir de faim, et Kolbe se porta volontaire pour prendre la place de Franciszek Gajowniczek. Kolbe survécut plus longtemps que ne l’avaient prévu ses geôliers dans le bunker de la faim ; ceux-ci lui injectèrent alors du phénol.
20. Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix
Edith Stein était une philosophe juive allemande très respectée, dont la carrière avait déjà été compromise par les lois nazies. Elle s’était installée aux Pays-Bas pour se mettre à l’abri, mais après l’occupation allemande, elle et sa sœur furent arrêtées en 1942. Edith Stein fut déportée à Auschwitz-Birkenau et assassinée dans les chambres à gaz.