L’image que la plupart des gens se font du chevalier provient des peintures victoriennes et d’Hollywood, qui ont tous deux pris quelques libertés. Les vrais chevaliers passaient plus de temps à gérer leurs terres agricoles et à percevoir les loyers qu’à foncer à l’assaut sur les champs de bataille. L’armure était plus légère qu’on ne le pense, les chevaux étaient plus petits, et le code de la chevalerie n’est apparu que plusieurs siècles après les chevaliers eux-mêmes. Certaines de ces surprises sont peu flatteuses, tandis que d’autres les rendent encore plus impressionnants. Voici 10 faits avérés et 10 mythes auxquels les gens s’accrochent encore aujourd’hui.
1. L'armure pesait moins lourd que l'équipement d'un soldat d'aujourd'hui
Une armure de plaques complète pesait entre 45 et 55 livres, réparties sur l’ensemble du corps. Un soldat d’infanterie moderne porte 60 livres ou plus, concentrées sur le dos et les épaules. Les chevaliers pouvaient courir, monter à cheval sans aide et se relever du sol sans assistance.
2. Les chevaux de guerre étaient plus petits qu'on ne le croit
Les destriers mesuraient environ 15 à 16 mains, ce qui correspondait davantage à la taille d’un quarter horse moderne qu’à celle d’un Clydesdale. Des découvertes archéologiques réalisées sur des sites anglais suggèrent que beaucoup d’entre eux étaient même plus petits. Ils étaient élevés pour leur tempérament et leur puissance, et non pour leur taille.
3. Devenir chevalier coûtait extrêmement cher
Équiper un seul chevalier coûtait à peu près l’équivalent d’une petite ferme, armure, armes et plusieurs chevaux compris. De nombreux propriétaires terriens payaient un impôt appelé « scutage » précisément pour échapper à cette obligation. Cet obstacle financier limitait le nombre de chevaliers.
4. Le rançonnage était le véritable modèle économique
Capturer un chevalier ennemi vivant valait bien plus que de le tuer. Bertrand du Guesclin fut rançonné à plusieurs reprises, et le roi Jean II de France fut retenu contre rançon pour une somme qui faillit mener son royaume à la faillite. Les batailles étaient menées dans le but de faire des prisonniers.
5. La plupart des combats se sont déroulés à pied
La charge à cheval était une tactique spécifique, et non la norme. À Azincourt et à Poitiers, les chevaliers anglais sont descendus de cheval pour combattre aux côtés de leur infanterie. Les chevaux servaient souvent au transport et à la poursuite plutôt qu’au combat lui-même.
6. Les écuyers commençaient vers l'âge de sept ans
Les garçons entraient dans une autre famille noble en tant que pages vers l’âge de sept ans et passaient une dizaine d’années à apprendre le maniement des armes, l’équitation et les règles de bienséance. L’adoubement avait généralement lieu à 21 ans, si tant est qu’il ait lieu. La durée de cette formation était plus longue que celle d’un cursus médical moderne.
7. Les tournois étaient véritablement mortels
Les premiers tournois s’apparentaient davantage à des combats organisés qu’à des événements sportifs, les équipes s’affrontant en pleine campagne. Les décès étaient si fréquents que l’Église les interdit à plusieurs reprises. Henri II de France mourut en 1559, transpercé à l’œil par un éclat de lance.
8. Les chevaliers étaient souvent sans le sou
Les terres généraient des revenus modestes, tandis que les coûts liés au maintien du statut social restaient constants. Les fils cadets n’héritaient de rien et, par nécessité, devenaient souvent mercenaires ou rejoignaient des ordres militaires. L’endettement faisait partie intégrante de la vie des chevaliers.
9. La braguette est apparue avant la coquille
Au XVIe siècle, l’armure destinée à protéger l’aine était devenue une pièce sophistiquée et richement décorée. Si la fonctionnalité avait guidé sa conception initiale, la mode l’avait ensuite orientée dans une direction totalement différente. Les collections des musées abritent des exemplaires qu’il est difficile de contempler sans sourire.
10. Beaucoup ne savaient pas lire
Pendant une grande partie du Moyen Âge, savoir lire et écrire était une compétence propre aux clercs, et non à la noblesse. De nombreux chevaliers signaient les documents d’une croix et confiaient leur correspondance à des scribes. Ce n’est qu’à la fin du Moyen Âge que la lecture s’est généralisée parmi la noblesse.
Voici donc 10 faits qui ne se sont jamais déroulés comme on le raconte.
1. Les chevaliers avaient besoin de grues pour monter à cheval
L’histoire de la grue remonte à un film de Laurence Olivier datant de 1944 et n’a pratiquement aucun fondement historique. Les manuels de combat du XVe siècle montrent des hommes en armure sautant en selle et faisant des roues. Ce mythe persiste car il offre une image très évocatrice.
2. L'armure t'a rendu impuissant au sol
Tomber alors qu’on portait une armure de plaques était gênant, mais pas mortel. Les traités d’entraînement de Fiore dei Liberi comprennent de nombreuses techniques de lutte en armure et de combat au sol. Se relever était une compétence de base, pas un miracle.
3. Les ceintures de chasteté étaient courantes
Il n’existe aucune ceinture de chasteté médiévale authentifiée dans aucune collection muséale. Les exemplaires conservés au British Museum et ailleurs ont été reclassés comme des curiosités des XVIIIe et XIXe siècles, voire comme de purs faux. Cette idée trouve son origine dans la satire de la Renaissance, et non dans une pratique médiévale.
4. Les épées pesaient vingt livres
Une épée de combat classique pesait entre deux et trois livres, et même une grande épée à deux mains dépassait rarement les six livres. Les collectionneurs victoriens et la fiction qui a suivi ont considérablement exagéré ces chiffres. Les épées lourdes sont des épées lentes, et les épées lentes perdent.
5. La chevalerie régissait les comportements sur le champ de bataille
Le code chevaleresque était en grande partie une construction littéraire qui s’est développée dans la poésie et les romans, puis a été réinterprétée a posteriori à la lumière de l’histoire. Dans la réalité, cela consistait notamment à piller des villes et à tuer des prisonniers lorsque l’obtention d’une rançon semblait compromise. C’est exactement ce qu’Henri V a ordonné à Azincourt.
6. Les chevaliers étaient toujours de noble naissance
Le titre de chevalier, décerné pour les services rendus au combat, était suffisamment fréquent pour constituer une voie d’ascension sociale. Des mercenaires et des hommes d’armes d’origine modeste en bénéficiaient tant en France qu’en Angleterre. La noblesse héréditaire s’est consolidée plus tardivement que l’institution elle-même.
7. Tout le monde avait ses armoiries familiales
L’héraldique appartenait à des personnes, et non à des noms de famille, et se transmettait selon des règles d’héritage bien précises. Les entreprises qui vendent des armoiries de famille se basent uniquement sur un nom de famille commun, et rien d’autre. Les hérauts du Moyen Âge auraient trouvé cette pratique absurde.
8. La joute était l'attraction principale
La joute a pris de l’importance tardivement, lorsque les tournois sont passés du combat de masse au spectacle au XIVe et au XVe siècle. Auparavant, les tournois étaient axés sur la mêlée, qui réunissait des dizaines de participants sur une vaste zone. Le duel à la lance est le dernier volet de cette tradition.
9. Les chevaliers combattaient toujours en armure complète
Les armures de plaques telles qu’on les représente généralement datent approximativement de 1400 à 1550. Les chevaliers présents à Hastings en 1066 portaient des haubergues en cotte de mailles et brandissaient des boucliers en forme de cerf-volant. Près de quatre siècles séparent ces deux images que l’on confond sans cesse.
10. Le droit de la première nuit
Le « droit du seigneur », ce prétendu droit seigneurial de s’unir à la mariée lors de sa nuit de noces, ne repose sur aucune preuve documentaire dans l’Europe médiévale. Ce concept apparaît dans les écrits des Lumières comme une critique de l’aristocratie. Les historiens ont cherché des documents à l’appui et n’en ont pratiquement trouvé aucun.