Une part surprenante de notre quotidien a été conçue pour résoudre un problème sur le champ de bataille. Les armées disposent de budgets considérables et sont soumises à des délais stricts, ce qui constitue un terrain propice à l’innovation. La plupart de ces inventions ont ensuite été rendues accessibles au grand public, généralement parce qu’une entreprise y a trouvé un débouché en temps de paix ou qu’un gouvernement a estimé que le secret ne valait plus la peine d’être gardé. On ne devinerait jamais leur origine en voyant leur emballage. Voici 20 objets qui étaient à l’origine du matériel militaire.
1. GPS
Les satellites auxquels votre téléphone se connecte ont été lancés pour permettre aux sous-marins et aux missiles de se localiser mutuellement. Les civils y ont eu accès après qu’un avion de ligne coréen s’est égaré dans l’espace aérien soviétique en 1983 et a été abattu, ce qui a poussé Reagan à ouvrir le système au public en réponse à cet incident. L’armée de l’air détient et exploite toujours l’ensemble de la constellation, et le signal que capte votre téléphone est gratuit parce qu’un président en a décidé ainsi.
2. Internet
En 1969, l’ARPANET a relié quatre ordinateurs universitaires grâce à un financement du ministère de la Défense. L’objectif était de permettre aux chercheurs de partager des machines dont le coût dépassait celui des bâtiments, tout en garantissant la circulation des messages même en cas de panne de certaines lignes. Tout ce que l’on associe aujourd’hui à Internet, y compris le Web, a été développé sur cette base plusieurs décennies plus tard par des personnes n’ayant aucun lien avec le Pentagone.
3. Fours à micro-ondes
En 1945, Percy Spencer se tenait près d’un magnétron de radar en marche chez Raytheon lorsque la barre chocolatée qu’il avait dans la poche s’est transformée en bouillie. Il a ensuite essayé avec du pop-corn, puis avec un œuf, qui a explosé au visage d’un collègue. Deux ans plus tard, Raytheon commercialisait un four, de la taille d’un réfrigérateur environ et au prix d’une voiture.
4. Ruban adhésif
Vesta Stoudt inspectait et emballait des cartouches dans une usine de munitions de l’Illinois ; en 1943, elle écrivit à Roosevelt pour lui faire part de la fragilité des languettes en papier que les soldats devaient déchirer pour ouvrir les boîtes. En réponse, elle reçut un ruban en tissu doté d’un support imperméable qui se déchirait proprement à la main. Les soldats l’utilisaient pour tout, sauf pour les boîtes de munitions, et la version argentée fit son apparition sur les conduits d’aération des foyers après la guerre.
5. Super Glue
En 1942, l’objectif était de fabriquer des viseurs en plastique transparent pour les armes à feu, mais le produit que Harry Coover ne cessait de fabriquer avait pour effet de coller à tout ce qu’il touchait. Il a mis ce produit de côté à deux reprises, le considérant comme un échec, avant de se rendre compte que cette propriété adhésive constituait justement l’intérêt du produit. Plus tard, au Vietnam, les infirmiers en ont vaporisé une version sur des plaies ouvertes afin de les maintenir fermées suffisamment longtemps pour permettre une intervention chirurgicale.
6. Conserves
Dans les années 1790, la France a offert une récompense à quiconque parviendrait à nourrir une armée pendant une longue marche. Nicolas Appert a remporté ce prix en scellant des aliments dans des bocaux en verre et en les faisant bouillir, environ cinquante ans avant que Pasteur n’explique pourquoi cette méthode fonctionnait. Les récipients en fer-blanc ont fait leur apparition peu après, mais il a fallu attendre encore quarante ans pour disposer d’un ouvre-boîte digne de ce nom.
7. Moteurs à réaction
Frank Whittle a breveté un modèle de moteur à réaction en 1930, mais n’a pas réussi à susciter l’intérêt de la Royal Air Force pendant près d’une décennie. L’Allemagne a fait voler le premier avion à réaction en 1939, et les deux camps disposaient de chasseurs opérationnels avant même la fin de la guerre. Les avions de ligne à réaction ont fait leur apparition dans les années 50, équipés de moteurs directement issus de ces travaux.
8. Les ordinateurs numériques
L’ENIAC a été conçu pour calculer les tables de tir d’artillerie destinées à l’armée, une tâche qui prenait des semaines à des mathématiciens humains pour chaque table. Il occupait toute une pièce et pesait trente tonnes ; pour le reprogrammer, il fallait refaire le câblage de la machine à la main. Tous les ordinateurs qui ont suivi doivent quelque chose à cette machine conçue pour indiquer aux artilleurs où un obus allait atterrir.
9. Les drones
Les aéronefs radiocommandés remontent à la Première Guerre mondiale, époque à laquelle les deux camps tentèrent de construire des bombes volantes, mais échouèrent pour la plupart. Pendant les décennies qui suivirent, ils servirent de cibles d’entraînement aux équipes antiaériennes. La reconnaissance vint plus tard, et le quadricoptère que l’on voit parfois survoler un mariage est le descendant direct d’un engin conçu pour se faire abattre.
10. Vision nocturne
Les lunettes à infrarouge montées sur des fusils ont fait leur apparition vers la fin de la Seconde Guerre mondiale ; elles étaient si lourdes qu’il fallait un sac à dos rempli de piles pour les transporter. Les troupes américaines les ont utilisées à Okinawa. Cette technologie a connu trois générations de développement militaire avant qu’un produit similaire ne fasse son apparition dans les magasins de chasse.
11. Talkies-walkies
L’armée a reçu sa première radio bidirectionnelle portable de la part de Motorola en 1941, et environ un quart de million d’exemplaires ont été distribués au cours de la guerre. Auparavant, les radios étaient installées dans des véhicules ou des tentes ; le fait de pouvoir parler tout en marchant constituait donc une véritable innovation, comme son nom l’indique. Tout ce qui est portable et sans fil trouve son origine dans cet appareil.
12. L'EpiPen
Le gaz neurotoxique ne laisse qu’une poignée de secondes à un soldat pour réagir ; c’est pourquoi Sheldon Kaplan a conçu un injecteur capable de fonctionner à travers un uniforme, sans nécessiter aucune formation préalable. Il devait se déclencher d’une simple pression et résister à une chute dans la boue. Son adaptation à l’épinéphrine est venue par la suite, et le mécanisme interne reste globalement le même.
13. Banques de sang
En 1940, le défi consistait à acheminer du plasma sanguin à travers l’océan sans qu’il ne s’altère, et Charles Drew l’a relevé en mettant en place le programme « Blood for Britain ». La guerre a fourni à la fois l’urgence et les moyens financiers nécessaires pour mettre en place un système de collecte à cette échelle. Une fois la guerre terminée, les hôpitaux ont hérité de ces infrastructures.
14. Ambulances et triage
Dominique Larrey, chirurgien de Napoléon, en avait assez de voir les blessés attendre la fin des combats. Il fit construire des charrettes tirées par des chevaux pour les évacuer en plein combat et les tria en fonction de l’urgence de leurs soins plutôt que selon leur grade. Ces deux principes sont encore aujourd’hui à la base de la médecine d’urgence.
15. Lunettes de soleil de type « aviateur »
L’éblouissement en altitude provoquait chez les pilotes des maux de tête et des nausées suffisamment graves pour nuire à leur pilotage ; c’est pourquoi Bausch & Lomb a mis au point des verres adaptés à ce problème dans les années 30. Leur forme en goutte d’eau était dimensionnée pour couvrir l’ensemble des mouvements oculaires du pilote sans qu’il ait à tourner la tête. Ces verres ont été commercialisés en 1937 et ne sont jamais vraiment passés de mode.
16. Les trench-coats
Pendant la Première Guerre mondiale, les officiers britanniques achetaient eux-mêmes leurs manteaux, et le modèle en gabardine imperméable commercialisé par Burberry et Aquascutum s’est imposé comme la norme. Les épaulettes servaient à fixer les insignes de grade, tandis que les anneaux en D situés sur la ceinture permettaient d’attacher du matériel. Ces deux détails subsistent sur les manteaux vendus aujourd’hui, bien qu’ils ne servent plus à rien et n’aient plus aucune signification.
17. Pantalons chino
Le « kaki » trouve son origine chez les soldats britanniques en Inde, qui teignaient leurs uniformes blancs pour les fondre dans la poussière. Les soldats américains aux Philippines se sont vu attribuer des pantalons en sergé de la même couleur, tissés en Chine, d’où le nom de cette teinte. Dans les années 40, les étudiants ont repris cette mode auprès des vétérans de retour au pays, et ces pantalons n’ont pratiquement pas changé depuis.
18. Montres-bracelets
Les montres se portaient à la poche jusqu’à ce que les officiers d’artillerie aient besoin de leurs deux mains et d’une heure précise pour coordonner un barrage. Le fait de l’attacher au poignet a d’abord été une solution de fortune sur le champ de bataille, puis cette habitude a été adoptée par toute une génération d’hommes qui ne la considéraient plus comme un manque de virilité. Les ventes de montres de poche ne s’en sont jamais remises.
19. T-shirts
La Marine américaine a mis au point, vers la Première Guerre mondiale, un maillot de corps en coton à col rond, destiné à être porté sous l’uniforme et à rester invisible. Les marins le portaient néanmoins seul par temps chaud. Marlon Brando en a porté un à l’écran en 1951, et ce maillot de corps a alors cessé d’être considéré comme un sous-vêtement.
20. Serviettes hygiéniques jetables
Le coton étant réquisitionné à d’autres fins pendant la Première Guerre mondiale, Kimberly-Clark mit au point une serviette hygiénique à base de pâte de bois destinée à le remplacer dans les hôpitaux de campagne. Les infirmières de l’armée commencèrent à l’utiliser pendant leurs règles, ce qui attira l’attention de l’entreprise. La marque Kotex fut lancée en 1920, fabriquée à partir de restes de matériaux issus de la production de guerre dont personne ne savait quoi faire d’autre.