La plupart des maladies sont éradiquées. Un vaccin fait son apparition, ou une ville met en place un réseau d’assainissement, et la raison de ce recul est facilement identifiée. Certaines maladies, en revanche, ont simplement cessé de se propager d’elles-mêmes. Certaines ont tué des milliers de personnes pendant des décennies avant de disparaître complètement, laissant la médecine sans aucune idée de ce qui s’était passé. D’autres avaient une cause qui était sous nos yeux depuis le début, présente dans ce que les gens mangeaient ou respiraient chaque jour, et elles ont pris fin quelques années après que quelqu’un l’ait identifiée. En voici 20 qui ont disparu, certaines avec une explication, d’autres sans.
1. La « maladie des sueurs » anglaise
Elle est apparue avec l’armée d’Henri VII en 1485 et pouvait tuer un adulte en bonne santé entre le petit-déjeuner et le dîner. Cinq épidémies ont ravagé l’Angleterre, la dernière en 1551, puis elle n’est plus jamais réapparue. L’hypothèse la plus courante est celle d’un hantavirus, mais personne ne l’a encore prouvé.
2. Le sweat Picardie
Le nord de la France a connu sa propre forme de « maladie des sueurs », apparue en 1718, avec près de deux cents épidémies recensées sur deux siècles. La dernière remonte à 1918. La question de savoir si elle était liée à la « maladie anglaise » reste encore sans réponse.
3. Encéphalite léthargique
Environ un million de personnes en ont été atteintes entre 1916 et 1927. Les survivants se retrouvaient figés, éveillés mais incapables de bouger ou de parler, et certains sont restés ainsi, dans des établissements spécialisés, pendant quarante ans. La maladie a pris fin aussi brusquement qu’elle était apparue, et sa cause n’a jamais été identifiée.
4. La peste d'Athènes
Thucydide en a lui-même été victime en 430 av. J.-C. et en a décrit les symptômes avec suffisamment de précision pour que les historiens s’interrogent à ce sujet depuis lors. Une étude menée en 2006 sur l’ADN prélevé dans une fosse commune a penché en faveur de la fièvre typhoïde, bien que cette conclusion ait immédiatement suscité des critiques. Elle aurait coûté la vie à environ un quart de la population de la ville.
5. La peste des Antonins
Galen a décrit une épidémie qui a ravagé l’Empire romain de 165 à 180 et qui a fait des millions de victimes. La variole est la principale hypothèse, mais certains penchent pour la rougeole. Aucune preuve matérielle n’a permis de trancher la question.
6. Cocoliztli
Deux épidémies survenues au Mexique colonial, en 1545 et en 1576, ont décimé une part considérable de la population autochtone. Une étude menée en 2018 sur des dents provenant d’un cimetière d’Oaxaca a mis en évidence une souche de Salmonella, ce qui constitue l’indice le plus solide jamais mis en avant. La maladie elle-même ne s’est jamais reproduite sous ce nom.
7. La peste dansante de 1518
En juillet, une femme de Strasbourg s’est mise à danser dans la rue et n’arrivait plus à s’arrêter. En l’espace de quelques semaines, des centaines de personnes l’avaient rejointe, et certaines auraient dansé jusqu’à s’effondrer. Les historiens penchent pour l’hypothèse d’une maladie psychogène collective provoquée par la famine et la peur religieuse.
8. Le tarentisme
Pendant des siècles, les Italiens du Sud ont cru qu’une morsure d’araignée ne pouvait être guérie qu’en dansant à un rythme bien précis. Des villages entiers s’organisaient autour de ce remède, d’où l’origine de la tarentelle. Celle-ci a progressivement disparu au cours du XXe siècle, sans que personne ne l’ait interdite ni n’ait trouvé de remède.
9. Chlorose
Pendant trois siècles, les médecins ont diagnostiqué chez les adolescentes la « maladie verte », ainsi nommée en raison de la teinte verdâtre pâle qu’elle était censée donner à la peau. Les cas relatés abondaient dans les ouvrages médicaux européens, puis se sont raréfiés jusqu’à ce que ce diagnostic disparaisse dans les années 1930. La carence en fer explique en partie ce phénomène, et le reste pourrait être dû à une appellation qui regroupait à tort plusieurs problèmes sans rapport les uns avec les autres.
10. Neurasthénie
George Beard a inventé ce terme en 1869 pour désigner l’épuisement et l’effondrement nerveux chez les professionnels surmenés. Ce diagnostic a figuré parmi les plus courants aux États-Unis pendant des décennies. La médecine occidentale l’a abandonné, mais il reste d’usage en Chine.
11. Hystérie
Pendant la majeure partie de l’histoire de la médecine, il s’agissait d’un véritable diagnostic, assorti d’un véritable plan de traitement. L’Association américaine de psychiatrie l’a supprimé en 1980. Les troubles dont souffraient réellement les patients ont alors été répartis entre une douzaine d’autres pathologies.
12. Dromomanie
À partir de 1886, des médecins français ont recensé des cas d’hommes qui avaient abandonné leur vie quotidienne et réapparaissaient des centaines de miles plus loin, incapables de s’expliquer sur leur périple. Le premier cas concernait un installateur de gaz bordelais nommé Albert Dadas. Ce phénomène a pris fin vers 1909, et le diagnostic a disparu en même temps.
13. La maladie du lait
Les colonies de la frontière ont vu des familles entières succomber à une maladie débilitante, notamment la mère d’Abraham Lincoln en 1818. Les vaches mangeaient de la « racine de serpent » blanche et transmettaient la toxine à travers leur lait. Une fois ce lien établi, la maladie a disparu de la vie des Américains.
14. L'incendie de Saint-Antoine
L’Europe médiévale a connu des épidémies se traduisant par des sensations de brûlure dans les membres et des hallucinations, qui survenaient au moment de la récolte du seigle. Le responsable était un champignon se développant sur les grains. L’amélioration des techniques de mouture et de nettoyage des céréales a permis d’y mettre fin, et la dernière épidémie grave en France remonte à 1951.
15. Phossy Jaw
Les ouvriers des usines d’allumettes qui avaient respiré du phosphore blanc ont développé des abcès au niveau de la mâchoire qui brillaient faiblement dans l’obscurité. L’ablation de la mâchoire constituait le traitement standard. L’interdiction internationale des allumettes au phosphore blanc, en 1906, a mis définitivement fin à cette maladie.
16. Bromisme
Les sels de bromure ont été commercialisés pendant un siècle comme sédatifs et poudres contre les maux de tête, et leur consommation régulière provoquait des tremblements et des psychoses. Une part importante des hospitalisations psychiatriques au début du XXe siècle était due à des intoxications au bromure que personne ne reconnaissait comme telles. Les autorités réglementaires ont retiré les bromures des produits en vente libre dans les années 1970.
17. L'épidémie de rire au Tanganyika
En janvier 1962, trois jeunes filles d’un internat se sont mises à rire, et ce phénomène s’est propagé à près d’un millier de personnes dans toute la région. Les écoles ont fermé leurs portes pendant plusieurs mois. Le phénomène a pris fin l’année suivante et a été qualifié de « maladie psychogène de masse ».
18. La fièvre paludéenne
Le paludisme a été endémique dans les marais anglais pendant des siècles, à tel point que le public de Shakespeare savait exactement ce qu’était la fièvre paludéenne. L’assèchement des zones humides a entraîné la disparition des moustiques. La Grande-Bretagne n’a plus connu de cas de paludisme d’origine locale depuis environ cent ans.
19. La diarrhée estivale
Chaque année, en juillet et en août, les nourrissons des villes mouraient en très grand nombre, et les médecins considéraient cela comme une réalité inévitable de la vie urbaine. La cause en était le lait contaminé vendu dans des bidons ouverts par temps chaud. La pasteurisation et les lois sur la salubrité du lait ont permis d’éradiquer ce fléau en l’espace d’une génération.
20. La grippe de 1918
Le virus a tué un peu plus de cinquante millions de personnes en l’espace d’environ deux ans, puis a cessé d’être aussi mortel. Ses descendants circulent toujours sous la forme d’une grippe saisonnière ordinaire. On n’a jamais vraiment compris pourquoi cette souche particulière était si mortelle, ni pourquoi elle a fini par disparaître à ce moment-là.