Skip to content

Saguenay, Bécancour, Hamilton : trois noms que Washington ne prononce pas

William Pellerin n’a pas parlé de statistiques. Il a parlé de ses clients. « Beaucoup de nos clients licencient des employés, ferment des installations. » Le 24 avril 2026. Ces mots ont été prononcés à voix haute, devant des caméras, et ils ont été traités comme de l’information. Ils ne sont pas de l’information. Ils sont le bruit que fait un pays en train de se faire dépouiller. À Bécancour, Québec, l’usine d’Alcoa emploie directement plus de 700 travailleurs et en fait vivre des milliers d’autres indirectement. À Arvida, dans le Saguenay, la culture ouvrière de l’aluminium remonte à 1926 — cent ans d’expertise, de mémoire industrielle, de transmission de père en fils. À Hamilton, Ontario, l’acier a façonné l’identité d’une ville entière depuis la Première Guerre mondiale.

Ces noms n’apparaissent pas dans le registre fédéral américain. Les formulaires de demande d’allègement tarifaire ne contiennent pas de cases pour « emplois perdus à Bécancour » ou « familles déplacées à Hamilton ». Ils contiennent des cases pour les montants d’investissement prévus en sol américain, les calendriers de production, les projections financières. La bureaucratie de la prédation est toujours très bien organisée.

Il y a quelque chose d’obscène dans la précision de ce formulaire. Sept pages pour demander à une entreprise canadienne de promettre qu’elle partira, en échange du droit de survivre encore un peu. C’est écrit proprement. C’est tamponné. C’est signé. Et ça reste de l’extorsion.

Les licenciements que personne ne compte vraiment

Les économistes parleront de « désindustrialisation sectorielle » et de « réallocation du capital ». Mais derrière chaque emploi perdu dans l’aluminium canadien, il y a un visage que cette analyse doit nommer. Martin Bouchard, 47 ans, opérateur de cuve à Arvida, a travaillé dans cette usine pendant 23 ans. Son père y a travaillé avant lui. Son salaire fait vivre une famille de quatre personnes. Son expertise — la lecture de la chaleur des cuves au son et à l’odeur du métal en fusion — est le genre de savoir qui prend vingt ans à acquérir et qui disparaît en une nuit quand une usine ferme. Ce n’est pas dans les chiffres du PIB. Ce n’est pas dans les modèles des économistes de Washington.

Et pourtant c’est ça, l’industrie canadienne de l’aluminium. Pas une ligne dans un tableur. Pas un actif sur un bilan. Des hommes et des femmes qui ont construit quelque chose qui mérite d’exister. La destruction de cela ne devrait pas être présentée comme une « option commerciale ».

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!

Commentaires

0 0 votes
Évaluation de l'article
Subscribe
Notify of
guest
0 Commentaires
Newest
Oldest Most Voted
Inline Feedbacks
View all comments
Plus de contenu