Les œuvres d’art de la Renaissance s’accompagnent toujours d’une histoire. Michel-Ange est-il vraiment resté allongé sur le dos pendant quatre ans pour peindre la chapelle Sixtine ? Botticelli a-t-il vraiment jeté ses propres tableaux dans un feu de joie par culpabilité ? Certaines de ces anecdotes sont fausses, d’autres ne remontent pas à la Renaissance, et beaucoup trouvent leur origine chez des biographes du XVIe siècle qui défendaient la réputation de leurs artistes locaux. D’autres encore ont été perpétuées par les écrivains victoriens et Hollywood. Si l’on fait abstraction de la légende, cependant, ces artistes apparaissent comme brillants et inventifs. Poursuivez votre lecture pour découvrir 20 idées reçues courantes sur les artistes de la Renaissance et la vérité qui se cache derrière elles.
1. Michel-Ange est resté debout pendant quatre ans sur le plafond de la chapelle Sixtine
Michel-Ange ne s’est pas allongé sur le dos pour peindre la chapelle Sixtine. Au service du pape Jules II, il a construit son propre échafaudage en bois, fixé à des supports muraux. Il a travaillé debout pendant quatre ans, se penchant en arrière et tendant le cou pour atteindre l’immense plafond. Un poème qu’il a écrit à un ami en 1510, accompagné d’un autoportrait au dessin, raconte les véritables souffrances que cela lui a causées, notamment un cou enflé.
2. Un billet de 1503 intitulé « La vraie Joconde »
Le portrait le plus célèbre de Léonard de Vinci a donné lieu à des siècles de spéculations sur l’identité de la femme représentée. Certains auteurs ont même suggéré que la Joconde était en réalité Léonard déguisé. En 2005, le Dr Armin Schlechter, chercheur à l’université de Heidelberg, a trouvé la réponse griffonnée dans la marge d’un livre. Une note figurant dans un document rédigé en 1503 par le greffier florentin Agostino Vespucci indique que Léonard travaillait sur un portrait de Lisa, l’épouse du marchand de soierie Francesco del Giocondo. Cette découverte a mis fin au débat séculaire sur son identité.
3. Le duel fatal de Caravage était un conflit entre gangs lié à des dettes
Le 28 mai 1606, le peintre Caravage (Michelangelo Merisi) s’est livré à un duel illégal à l’épée sur un court de tennis romain contre le chef de gang Ranuccio Tommasoni. Le combat portait sur une question d’argent et de rivalité concernant Fillide Melandroni, une courtisane que Tommasoni contrôlait. Le Caravage tua Tommasoni au cours de l’affrontement. Ce meurtre fit de lui un fugitif, recherché sous le coup d’un arrêt de mort prononcé par le pape Paul V, et il passa le reste de sa vie en fuite.
4. Le « croquis de vélo » de Léonard de Vinci était un faux du XXe siècle
Une illustration figurant sur l’une des pages du Codex Atlanticus, un carnet de Léonard de Vinci, semblait représenter un vélo à deux roues. Le chercheur italien Augusto Marinoni l’avait présentée comme la preuve que Léonard avait inventé le vélo bien avant que quiconque n’y ait songé. Le papier était bel et bien un papier d’origine du XVe siècle, mais le chercheur allemand Hans-Erhard Lessing a démontré que les traits au crayon avaient été tracés avec du graphite moderne il y a plusieurs décennies, lors de la restauration du document. Le véritable premier vélo a été créé en 1817 par l’inventeur allemand Karl von Drais.
5. Michel-Ange cachait une fortune sous ses vêtements en lambeaux
Michel-Ange portait des vêtements usés et se plaignait souvent de sa pauvreté, ce qui ne contribuait guère à dissiper l’idée selon laquelle les artistes devaient toujours mourir de faim. Or, à sa mort en 1564, sa succession était en réalité estimée à quelque 50 000 florins d’or. Ce montant comprenait des fermes et des maisons de ville, selon l’historien de l’art Rab Hatfield. Dans un coffre fermé à clé posé près de son lit, Michel-Ange avait caché 8 400 ducats d’or en espèces sonnantes et trébuchantes.
6. Des scans ont permis de retrouver les sourcils manquants de la Joconde
Il est bien établi que la Joconde ne semble pas avoir de sourcils ni de cils. En 2007, l’ingénieur optique français Pascal Cotte a pu scanner ce chef-d’œuvre exposé au Louvre à l’aide d’une imagerie multispectrale de 240 mégapixels, incluant les ultraviolets et l’infrarouge, et a découvert des traces microscopiques d’un poil de sourcil peint au-dessus de son œil gauche. Léonard de Vinci avait appliqué les sourcils et les cils sous forme de couches ultra-fines de glacis par-dessus la peinture sèche, et au fil de cinq siècles, les anciens nettoyages et la dégradation des pigments ont tout simplement rongé ces fragiles couches superficielles.
7. La maladie mortelle de Raphaël a été aggravée par les saignées
Le peintre de la Renaissance Raphaël (Raffaello Sanzio) est décédé le 6 avril 1520, à l’âge de 37 ans seulement, à la suite d’une maladie pulmonaire aiguë qui dura 15 jours et qui était très probablement une pneumonie. Giorgio Vasari, biographe du XVIe siècle, attribua plus tard ce décès à des rapports sexuels excessifs avec sa maîtresse Margherita Luti. Mais de nouvelles recherches publiées en 2020 par une équipe dirigée par le Dr Michele Augusto Riva, après analyse des dépêches papales et des notes des médecins de l’époque, ont conclu que les médecins lui avaient pratiqué à plusieurs reprises des saignées, une ancienne pratique médicale connue sous le nom de phlébotomie, ce qui avait aggravé sa maladie.
8. Michel-Ange a délibérément représenté Moïse avec des cornes
La raison pour laquelle le célèbre Moïse en marbre de Michel-Ange Buonarroti, réalisé entre 1513 et 1515 pour le tombeau du pape Jules II à Rome, arbore de petites cornes sur la tête reste un mystère pour la plupart des gens. Il ne s’agit pas d’une erreur. Saint Jérôme, l’érudit de l’Antiquité qui a traduit la Bible en latin, a mal traduit un mot hébreu du livre de l’Exode qui décrivait le visage de Moïse comme « rayonnant ». Il l’a traduit par un mot dérivé d’une racine signifiant « corne ». Michel-Ange ne faisait que reprendre l’iconographie que l’Église utilisait depuis un millénaire.
9. Les silhouettes allongées d'El Greco relevaient d'un choix stylistique délibéré
Ce n’est un secret pour personne que le peintre d’origine grecque El Greco, qui a fait carrière à Tolède, en Espagne, utilisait des proportions exagérées pour représenter les êtres humains. En 1913, un ophtalmologue espagnol du nom de Germán Beritens a affirmé que l’astigmatisme du peintre avait faussé à la fois sa vision et son œuvre. Mais des chercheurs ont démontré que les yeux d’un peintre astigmate étireraient la toile devant lui dans les mêmes proportions, annulant ainsi tout effet. L’un de ses tableaux, « L’Enterrement du comte d’Orgaz », représente des personnages mortels de taille normale sous des figures célestes allongées, ce qui suggère que cette déformation était intentionnelle.
10. Botticelli a continué à peindre après le bûcher de Savonarole
Les Florentins ont brûlé des objets de ce monde lors de leur « bûcher des vanités » en 1497, sous la direction du moine radical Girolamo Savonarole, qui dominait la ville avec son message sur les dangers de la vanité. Une légende populaire raconte que Botticelli lui-même aurait jeté ses toiles dans le feu. L’historien de l’art Giorgio Vasari n’a pas écrit cela ; il se contente de dire que Botticelli devint un adepte de Savonarole et « abandonna la peinture ». Ce sont des historiens anglais du XIXe siècle qui ont inventé cette histoire. Botticelli continua à peindre des sujets mythologiques et autres thèmes profanes pendant de nombreuses années.
11. Le David de Michel-Ange a été sculpté dans un bloc que deux hommes avaient abandonné
Bien avant que Michel-Ange n’en ait taillé le moindre éclat, un gigantesque bloc de marbre, connu sous le nom d’« Il Gigante » (le Géant), avait donné du fil à retordre à deux sculpteurs. Agostino di Duccio avait commencé à creuser en son centre, et Antonio Rossellino s’y était essayé des années plus tard. Tous deux avaient abandonné après avoir découvert des défauts dans la pierre. Les responsables de la cathédrale de Florence avaient laissé cette pièce à l’abandon pendant des décennies jusqu’à ce que Michel-Ange, alors âgé d’une vingtaine d’années, soit chargé d’en tirer une statue. Il y travailla pendant plusieurs années, donnant délibérément une silhouette élancée à David afin de contourner les imperfections antérieures de la pierre.
12. Les sculpteurs de la Renaissance savaient que les statues antiques étaient peintes
Michel-Ange et d’autres sculpteurs florentins de son époque, tels que Donatello, travaillaient à une époque où les statues extraites du sol portaient encore des traces de dorures, de cinabre rouge et de pigments bleus. Quiconque prenait un objet en main pouvait clairement voir ces couleurs, et Pline l’Ancien, l’écrivain romain dont les œuvres étaient étudiées par les érudits de la Renaissance, évoquait des statues peintes. Et pourtant, ces hommes laissaient délibérément leurs sculptures non peintes, préférant le jeu de la lumière et de l’ombre aux pigments.
13. Le cercle parfait de Giotto était probablement une invention d'un biographe
La légende raconte qu’en 1300 environ, un courtisan envoyé par le pape demanda à Giotto di Bondone de lui montrer un échantillon de son talent artistique. Giotto prit une feuille de papier et dessina à main levée un cercle rouge parfait, puis il tendit la feuille en disant : « Voici votre dessin. » Cette anecdote a été popularisée par Giorgio Vasari, un biographe du XVIe siècle, mais aucun document d’époque ne vient l’étayer. En effet, dans sa première édition, il identifiait le pape comme étant Benoît IX, qui était mort environ deux siècles avant la naissance de Giotto. Les éditions ultérieures ont corrigé ce nom.
14. Giorgio Vasari a écrit son ouvrage d'histoire de l'art pour mettre en valeur sa région d'origine
Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes a été écrit par Giorgio Vasari, peintre et écrivain toscan du XVIe siècle, et publié en 1550. Cet ouvrage a été qualifié de « premier véritable ouvrage d’histoire de l’art ». Des historiens de l’art tels que Patricia Rubin ont montré qu’il avait inventé le dialogue dramatique entre artistes. Il a également minimisé l’importance des grands peintres de Venise et du nord de l’Italie, à savoir Titien et Tintoret. Et il a structuré l’ensemble de cette histoire de manière à ce qu’elle s’achève avec Michel-Ange, son compatriote toscan, présenté comme l’artiste par excellence. Une grande partie de notre compréhension de l’art de la Renaissance lui est due.
15. Les listes de courses de Léonard de Vinci comprenaient de la viande
Il est vrai que Léonard de Vinci achetait des oiseaux en cage sur les marchés florentins pour ensuite les relâcher, ce qui a contribué à alimenter l’idée répandue aujourd’hui selon laquelle il était un végétarien strict. Cette idée remonte en partie à une lettre de 1516 du voyageur Andrea Corsali, qui comparait les régimes alimentaires en Inde à ceux de « notre Léonard de Vinci ». Pourtant, les livres de comptes de la maison de Léonard, conservés dans le Codex Atlanticus, l’un de ses carnets, font état de dépenses régulières en veau, mouton, poulet et poisson.
16. Léonard écrivait à l'envers pour ne pas se salir la main
Les carnets de Léonard de Vinci regorgent d’écritures en miroir, allant de droite à gauche, ce qui a donné lieu, au fil des ans, à des spéculations sur l’existence de codes secrets. Martin Kemp, spécialiste de Léonard de Vinci, suggère qu’il est plus probable que Léonard fût gaucher et que, lorsqu’il traçait sa plume sur le papier de gauche à droite avec de l’encre ferrogallique encore humide, sa main glissait dans l’encre, maculant ainsi la page. Il a donc inversé le sens d’écriture. Mais cela n’offrait guère d’intimité : n’importe qui, en tenant un miroir, pouvait facilement lire ce qui était écrit. Il rédigeait sa correspondance habituelle de gauche à droite.
17. Léonard de Vinci a passé des années à peindre les reflets sur l'ensemble du visage de la Joconde
Il existe une rumeur répandue sur Internet selon laquelle Léonard de Vinci aurait mis 12 ans à peindre les lèvres de la Joconde. Cette rumeur a été démentie depuis longtemps, car le calendrier des travaux connus de Léonard sur la Joconde ne permet pas de penser qu’il ait consacré 12 ans uniquement à la réalisation des lèvres. La science ne le confirme pas non plus : une étude du C2RMF (Centre français de recherche et de restauration muséale) sur la Joconde a montré qu’il y avait de nombreuses couches de glacis incroyablement fins et translucides, ou sfumato, ne mesurant que quelques micromètres. Celles-ci ont été appliquées sur tous les traits du visage du sujet, y compris ses yeux, ses joues et sa bouche. Léonard de Vinci a continué à travailler sur l’ensemble du tableau jusqu’à sa mort en France en 1519, après l’avoir commencé en 1503.
18. Titien a exagéré son âge pour faire culpabiliser un roi et l'amener à le payer
On pensait généralement que le peintre vénitien Titien (Tiziano Vecellio) avait vécu jusqu’à près de 100 ans, décédant, selon ses propres lettres, à l’âge de 99 ans. Mais le chercheur Charles Hope et la National Gallery de Londres ont mis au jour la véritable raison : Titien avait exagéré son âge dans les lettres qu’il adressait au roi Philippe II d’Espagne, son principal mécène, pour solliciter de l’argent, ce dernier tardant régulièrement à le payer pour ses commandes. D’après une analyse stylistique, on estime que sa véritable date de naissance se situe vers 1490, ce qui signifie qu’il avait en réalité près de 90 ans à sa mort.
19. Michel-Ange n'a signé que sa Pietà, puis l'a regretté
Michel-Ange a sculpté la Pietà en marbre pour la basilique Saint-Pierre de Rome entre 1498 et 1499, à l’âge de 24 ans. Son biographe, Giorgio Vasari, raconte que Michel-Ange avait entendu des visiteurs louer Solari, un sculpteur lombard, pour avoir réalisé cette œuvre. Cela l’agaça, si bien qu’il revint voir la statue de nuit et grava son nom sur la ceinture de Marie. Il aurait eu des remords face à cette vanité et n’aurait plus jamais signé aucune autre œuvre d’art. Il n’a pas non plus signé le David ni le Moïse.
20. Artemisia Gentileschi a rejoint une véritable lignée de femmes peintres
La peintre baroque Artemisia Gentileschi (1593-1656) est parfois présentée comme la seule femme artiste de l’histoire. Mais ce n’était pas le cas. Sofonisba Anguissola était déjà peintre de cour du roi Philippe II d’Espagne et enseignait et encadrait d’autres artistes à travers l’Europe. Lavinia Fontana fut la première femme à peindre des retables publics de grande taille et des nus féminins. Plautilla Nelli, une religieuse florentine, dirigeait un atelier entièrement féminin qui produisait des tableaux monumentaux pour les églises. Toutes avaient déjà une carrière bien établie avant celle d’Artemisia Gentileschi.
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