Les querelles hollywoodiennes sont généralement perçues comme des affrontements entre de grands egos, où les stars se disputent des rôles, des histoires d’amour et l’attention du public. Et la presse était toujours au premier plan, prête à saisir tout le drame, qu’il soit réel ou non. Les rubriques people pouvaient transformer un plateau de tournage tendu en articles relatant une bagarre, tandis que les attachés de presse des studios inventaient parfois des rivalités pour faire vendre des billets. Certaines stars ne pouvaient véritablement pas se supporter, mais d’autres étaient des amis qui ne reconnaissaient guère le drame décrit dans les journaux. Voici 20 querelles hollywoodiennes que la presse a attisées, exagérées ou tout simplement inventées.
1. La rivalité entre Joan Crawford et Bette Davis a commencé en 1935, à cause d'un homme
Les stars de cinéma Joan Crawford et Bette Davis étaient de grandes rivales chez Warner Bros., mais leur rivalité légendaire n’a pas commencé avec un film. Elle a commencé avec un homme. En 1935, Davis a entamé une relation avec l’acteur Franchot Tone, son partenaire à l’écran dans Dangerous, mais c’est Crawford qui a fini par l’épouser plus tard dans l’année. La situation s’est envenimée en 1943, lorsque Crawford a signé un contrat avec le studio de Davis, et que les deux femmes ont commencé à se disputer des rôles, voire des nominations aux Oscars. Les chroniques people hollywoodiennes se sont emparées avec enthousiasme de leur rivalité, transformant les rancunes personnelles et les jalousies professionnelles en divertissement public.
2. La querelle entre Gloria Swanson et Pola Negri était une pure invention des studios
Dans les années 1920, Gloria Swanson était la plus grande star du cinéma muet chez Paramount Pictures, et le directeur du studio, Adolph Zukor, fit venir Pola Negri de Pologne pour lui faire concurrence. Les attachés de presse du studio ont inventé une rivalité entre Swanson et Negri afin de faire de la publicité pour les deux stars. Ils ont même laissé filtrer une rumeur selon laquelle elles se jetaient des chats vivants l’une sur l’autre pendant le tournage. En réalité, Swanson et Negri suivaient des plannings distincts et se croisaient rarement. Swanson, Pola Negri et l’acteur-réalisateur Charlie Chaplin ont déclaré par la suite que toute cette querelle avait été inventée de toutes pièces.
3. Frank Sinatra a frappé un chroniqueur à l'improviste au Ciro's Nightclub
Lee Mortimer, chroniqueur du réseau de presse Hearst, harcelait depuis des mois le chanteur Frank Sinatra, l’accusant d’être communiste, d’avoir des liens avec le crime organisé et d’échapper à la conscription. Le 8 avril 1947, dans le hall d’entrée de la boîte de nuit Ciro’s, sur le Sunset Strip, Sinatra a croisé Mortimer et l’a projeté à terre. La police arrêta Sinatra pour coups et blessures, et celui-ci régla l’affaire en versant 9 000 dollars à Mortimer au mois de mai. Mortimer continua à fustiger Sinatra dans la presse pendant des années encore.
4. Marilyn Monroe et Laurence Olivier se sont affrontés sur la manière de jouer
En 1956, Sir Laurence Olivier, le grand metteur en scène de théâtre britannique, a tourné un film avec Marilyn Monroe, Le Prince et la Danseuse, aux studios Pinewood en Angleterre. Les deux se sont heurtés car Olivier était un metteur en scène rigoureux, très attaché au scénario, tandis que Monroe comptait sur son coach d’actrice. Comme l’a rapporté l’un des journaux à sensation qui suivaient chacun de leurs faits et gestes, Olivier lui aurait simplement dit : « Sois juste sexy et reste là. » Pendant des semaines, les journalistes britanniques et américains ont relaté ses retards et le mécontentement de ce dernier. Par la suite, cependant, Olivier écrivit dans ses mémoires que sa prestation avait été brillante.
5. Dean Martin et Jerry Lewis se séparent après dix ans de collaboration
Le chanteur Dean Martin et l’humoriste Jerry Lewis sont devenus le duo comique numéro un aux États-Unis en 1946. Lorsque Lewis a souhaité avoir davantage de liberté créative, Martin a mal supporté d’être traité comme un simple faire-valoir. La chroniqueuse Hedda Hopper a relaté chacune de leurs disputes alors qu’ils tournaient leur dernier film. À l’occasion du 10e anniversaire de leurs débuts, Martin et Lewis se sont produits ensemble pour la dernière fois sur la scène du Copacabana à New York, puis se sont séparés en bons termes. Ils ne se sont plus jamais adressé la parole en privé jusqu’à ce que Frank Sinatra leur fasse la surprise d’une réunion, plusieurs décennies plus tard.
6. Rudolph Valentino a mis un journaliste K.O. pour défendre sa virilité
La virilité de la star d’origine italienne Rudolph Valentino, dont le rôle de séducteur à l’écran lui avait valu le surnom de « Latin lover », a été remise en question dans un éditorial publié en 1926 dans le Chicago Tribune. Lorsque l’auteur de l’article a refusé de se dévoiler, le chroniqueur sportif Frank « Buck » O’Neill a relevé le défi à sa place, et Valentino l’a affronté à l’Ambassador Hotel de New York. Il a ainsi gagné le respect de la presse sportive. Mais quelques semaines plus tard, il mourut à l’âge de 31 ans d’une péritonite consécutive à une intervention chirurgicale.
7. Olivia De Havilland et Joan Fontaine se sont disputées devant les caméras
Olivia de Havilland et Joan Fontaine étaient deux sœurs qui avaient choisi des noms de famille différents pour mener des carrières distinctes. Toutes deux furent nominées pour l’Oscar de la meilleure actrice la même année, et c’est Fontaine qui remporta la statuette. Lorsque de Havilland vint la féliciter, les journaux rapportèrent que Fontaine avait rejeté ce geste. De Havilland reçut son propre Oscar des années plus tard, et les photographes de presse la surprirent en train de refuser de serrer la main de Fontaine lorsque les deux femmes se croisèrent dans les coulisses. Et, selon ces mêmes journaux, les deux femmes ne se sont plus jamais adressé la parole par la suite. Mais les archives familiales racontent une autre histoire : les sœurs sont restées en contact en privé pendant des années.
8. Frank Sinatra en voulait à Marlon Brando à cause de Guys and Dolls
Lorsque Marlon Brando a décroché le rôle de Sky Masterson dans la comédie musicale Guys and Dolls, que Frank Sinatra convoitait également, le chanteur a ouvertement critiqué la méthode de jeu du jeune acteur, qualifiant son style de « marmonnement ». Au cours d’une scène où l’on mangeait du cheesecake, Brando a tellement bâclé ses répliques que Sinatra a eu le temps d’en manger huit parts avant de jeter sa fourchette et de quitter la pièce en claquant la porte. La presse à scandale a prétendu que Sinatra avait envoyé des gangsters à la poursuite de Brando, mais ces rumeurs n’ont jamais été confirmées.
9. Les articles de Louella Parsons ont contribué à chasser Clara Bow d'Hollywood
Après le succès de It, Clara Bow devint la star la plus lucrative de la Paramount et l’incarnation même de la « flapper » des années 1920. Mais Louella Parsons, la chroniqueuse la plus influente de Hearst, ne cessa de harceler Bow pendant des années au sujet de ses dettes de jeu, de ses liaisons extraconjugales et de ses origines modestes. La couverture médiatique s’intensifia en 1931, à l’occasion d’un procès pénal dans lequel la secrétaire de Clara Bow était accusée de vol, et comprenait l’allégation non fondée, discréditée par la suite, selon laquelle Clara Bow aurait couché avec tous les membres de l’équipe de football américain de l’Université de Californie du Sud. Ces attaques incessantes contre sa réputation ruinèrent sa santé, et elle quitta le monde du spectacle en 1933, alors qu’elle n’avait que 28 ans.
10. Mae West a été bannie des journaux de William Randolph Hearst
Les comédies osées de Mae West ont fait d’elle une star de premier plan, mais cela n’a pas plu à tout le monde, en particulier au magnat de la presse William Randolph Hearst, qui a refusé de la mentionner dans ses publications ou d’y publier des publicités pour ses films, et a rédigé des éditoriaux dénonçant ses films comme « une menace pour la moralité ». West a tiré parti de toute cette polémique pour en faire de la publicité gratuite, continuant à faire salle comble. Cette campagne de dénigrement a en partie contribué à la mise en place d’une censure stricte dans l’industrie cinématographique. Mae West a poursuivi sa carrière avec d’autres succès par la suite.
11. Bette Davis a giflé Errol Flynn si fort que l'incident a fait la une des journaux
Dans le film La Vie privée d’Elizabeth et d’Essex (1939), Bette Davis souhaitait que ce soit le grand classique Laurence Olivier qui donne la réplique à son personnage plutôt que l’acteur Errol Flynn, et elle l’a critiqué publiquement pour son attitude désinvolte sur le plateau. Lorsqu’elle a tourné une scène où son personnage giflait le sien, elle l’a frappé de toutes ses forces et a failli le faire tomber. Flynn et la presse spécialisée ont affirmé qu’il s’agissait d’une véritable manifestation de frustration. Davis, en revanche, a écrit dans ses mémoires qu’il ne s’agissait que d’un excellent jeu d’actrice. Quoi qu’il en soit, ils ne sont plus jamais apparus ensemble à l’écran.
12. La rancune d'Humphrey Bogart envers William Holden a donné lieu à une rumeur dans la presse people
Humphrey Bogart avait mal pris de devoir jouer le rôle que Cary Grant avait refusé dans Sabrina de Billy Wilder, tourné en 1953, et il avait donné libre cours à sa colère en dénigrant les talents d’acteur de William Holden, lui en voulant de son charme naturel auprès de sa partenaire Audrey Hepburn. Quelques rubriques people ont même laissé entendre qu’une bagarre aurait éclaté entre eux. Holden a avoué par la suite qu’il avait eu envie de frapper Bogart, mais Wilder et les archives de la production indiquaient qu’aucune altercation n’avait réellement eu lieu.
13. Joan Crawford attribuait à mariage de Norma Shearer le fait de ne plus obtenir les meilleurs rôles chez MGM
La rivalité entre Joan Crawford et Norma Shearer a fait couler beaucoup d’encre dans les années 1930. En tant qu’épouse d’Irving Thalberg, le directeur de production du studio, Shearer avait la priorité sur le choix des scénarios, des réalisateurs et des éclairages. « Comment puis-je rivaliser avec Norma alors qu’elle couche avec le patron ? », demandait Crawford aux journalistes. La chroniqueuse Louella Parsons a relaté cette querelle pendant des années, qualifiant leur film de 1939, The Women, de scène sur laquelle se jouait leur rivalité. En réalité, cependant, selon les archives du studio MGM, le choix des scénarios et des réalisateurs par Shearer relevait de la politique du studio et non d’un favoritisme, et c’est le réalisateur George Cukor qui choisissait leurs costumes, et non les deux femmes.
14. Deanna Durbin et Judy Garland n'étaient rivales que dans la presse
Les jeunes chanteuses Deanna Durbin et Judy Garland ont partagé l’écran dans un court-métrage de la MGM en 1936, avant que le studio ne laisse expirer le contrat de Durbin. Deanna a signé avec Universal, et son premier film a permis d’éviter la faillite du studio. La MGM a lancé la carrière de Garland avec Le Magicien d’Oz en 1939. La presse a comparé la technique bel canto de Durbin à la voix puissante de Garland et a suivi leurs résultats au box-office tout au long des années 1940. Les deux femmes ont déclaré plus tard qu’elles étaient restées de proches amies hors caméra pendant toute cette période.
15. Lupe Vélez et Dolores Del Río ont été choisies pour incarner deux Latines rivales
Dans les années 1920 et 1930, Dolores del Río et Lupe Vélez étaient les deux plus grandes stars de cinéma mexicaines d’Hollywood. La première, issue d’une famille aisée, était présentée comme une femme sophistiquée et élégante, tandis que les studios mettaient en avant, pour la seconde, une image débridée et racialisée, construite autour de ses traits « exotiques », principalement pour des rôles comiques. Pendant plusieurs années, les attachés de presse et les chroniqueurs de journaux se sont fait un malin plaisir à les monter l’une contre l’autre, en écrivant des récits à sensation sur des disputes entre les deux femmes. Selon les historiens, les éventuelles altercations réelles entre elles ont été grandement exagérées.
16. Shirley Temple et Mae West ont dominé une guerre du box-office orchestrée par la presse
En 1934 et 1935, les deux plus grandes vedettes du box-office américain étaient Shirley Temple, la jeune star de la Fox âgée de 6 ans, et Mae West, de la Paramount. Les journaux, les revues spécialisées et les organisations religieuses débattaient des mérites respectifs des deux actrices, présentant le charme innocent de Shirley Temple et les comédies osées de Mae West comme une compétition morale hebdomadaire. Les chiffres du box-office étaient publiés dans les journaux à la manière des résultats de baseball, avec des classements à l’appui. Bien qu’apparemment rivale de Shirley Temple, Mae West faisait publiquement l’éloge de sa jeune homologue. Mais cette rivalité artificielle, alimentée par les inquiétudes de l’époque de la Grande Dépression concernant la moralité au cinéma, contribua au durcissement de la censure par le système des studios dès juillet 1934.
17. Betty Grable et Rita Hayworth ont été sacrées reines rivales des pin-up
Dans les années 1940, les publications militaires et la presse spécialisée du monde du spectacle ont attisé la rivalité nationale visant à déterminer qui était la meilleure pin-up entre Betty Grable, de la Fox, et Rita Hayworth, de la Columbia. Les journaux rendaient compte de sondages visant à savoir si la photo de Grable en maillot de bain blanc, prise en 1943, était plus populaire que celle de Hayworth en chemise de nuit noir et blanc, publiée en 1941 dans le magazine Life. Les studios ont également exploité cette rivalité entre pin-up pour promouvoir les films de ces stars. Bien que la presse à scandale ait affirmé que les actrices se seraient disputées en coulisses lors des spectacles de l’USO, Betty Grable et Rita Hayworth se montraient publiquement en bons termes pendant la Seconde Guerre mondiale.
18. Le licenciement d'une femme de ménage a déclenché la longue querelle entre Bud Abbott et Lou Costello
Dans les années 1940, le duo comique le plus rentable d’Universal Pictures était composé de Bud Abbott, le « faire-valoir », et de Lou Costello, le comique. Lorsque, en 1945, Abbott embaucha une femme de ménage que Costello venait de licencier, leur relation hors écran se détériora. Sur le plateau, il leur arrivait parfois de ne communiquer que par l’intermédiaire de leurs scripts. Chacun engagea un attaché de presse, et ils se mirent à s’insulter à tour de rôle dans les journaux. Les tabloïds affirmeront plus tard qu’ils ne se sont pas adressé la parole pendant plus d’une décennie, mais ils continuèrent à discuter affaires ensemble jusqu’à leur séparation officielle en 1957.
19. Bing Crosby et Frank Sinatra étaient présentés comme deux crooners rivaux
Lorsque Frank Sinatra a commencé à se produire au Paramount Theatre de New York en 1942, la presse l’a présenté comme un rival du crooner Bing Crosby, dressant leurs fans les uns contre les autres et passant au crible leurs disques à la recherche du moindre signe de manque de respect. En réalité, Sinatra était le plus grand fan de Crosby. Le chanteur plus âgé avait d’ailleurs déclaré avec humour à la radio qu’un chanteur comme lui « n’apparaît qu’une fois dans une vie, pourquoi fallait-il que ce soit la mienne ? » Leur amitié improbable les a finalement amenés à jouer ensemble à l’écran quelques années plus tard.
20. Une photo de Sophia Loren a fait de Jayne Mansfield sa rivale pour toujours
En 1957, Sophia Loren a assisté à une soirée organisée par Paramount en son honneur. Jayne Mansfield, de la Fox, est arrivée en retard, vêtue d’une robe décolletée, et s’est assise à la table de Loren. Un photographe a pris un cliché de Sophia Loren jetant un regard en coin à Jayne Mansfield. La photo a fait le tour du monde, où elle a été interprétée comme la preuve d’une jalousie mesquine. Il s’est avéré que Sophia Loren craignait en réalité simplement que la robe de Jayne Mansfield ne tombe. Par respect pour sa collègue actrice, Sophia Loren n’a jamais accepté de signer un tirage de cette photographie.
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