Le prix viendra après
La Réserve fédérale aura bientôt un prix plafond pour son siège. Il arrivera après les signatures.
Kevin Warsh préside la Fed depuis mai. Le 29 septembre, il a promis ce prix maximum garanti. Il le veut « promptement ».
L’entrepreneur général a fait sa proposition en janvier. Elle atteint 2,135 milliards de dollars. Selon le rapport de l’inspecteur général, 2,078 milliards étaient déjà attribués.
En août, le conseil hésitait encore à signer. Presque tout était attribué, a-t-il fait valoir à l’inspecteur.
Le chantier couvre deux immeubles. L’immeuble Eccles date de 1937. Son voisin se trouve au 1951, avenue Constitution. Dans l’Eccles, selon les documents du conseil, certaines centrales de traitement d’air avaient servi vingt-six ans. Elles étaient faites pour vingt. Les photos du conseil, reproduites au rapport, montrent de vieux tuyaux abandonnés qui gouttent.
Sous les bâtiments, on a creusé près du Potomac. L’eau s’infiltrait. Le sol était instable. L’excavation a été « compliquée et coûteuse », écrit l’inspecteur.
Des jardins sur le toit
L’offensive commence à l’été 2025. En juillet, Russell Vought écrit à Powell. Il dirige le budget de la Maison-Blanche. Il cible le décor. Sa lettre vise des « jardins en terrasse sur le toit », rapporte CBS News. Elle vise aussi les salles à manger VIP et le marbre « haut de gamme ».
Une feuille de coûts brandie
Le 24 juillet, Donald Trump visite le chantier. Powell l’accompagne. Trump lui tend une feuille. L’estimation y est plus élevée encore. Powell objecte qu’elle inclut un immeuble déjà rénové, raconte NBC News.
Le même mois, Bill Pulte presse le Congrès d’enquêter sur le témoignage de Powell. Pulte dirige l’agence fédérale du financement du logement. Selon CBS News, il accuse Powell d’avoir été « trompeur ». Il n’apporte aucune preuve.
Des assignations, puis un juge
En janvier 2026, Powell révèle une enquête pénale. Le ministère de la Justice vise son témoignage de juin 2025 au Sénat. Dans une vidéo, Powell y voit les « menaces » et la « pression » de l’administration.
Un juge fédéral tranche ensuite. Il annule les assignations du grand jury. CBS News rapporte qu’il y voit un prétexte. D’après le jugement, elles devaient pousser Powell vers une baisse des taux ou la démission. Le parquet n’avait produit « pratiquement aucune preuve » d’un crime, cite NBC News.
Le 24 avril, le parquet de Washington clôt l’enquête. Il laisse la main à l’inspecteur. La voie s’ouvre pour Kevin Warsh.
La preuve n’a jamais rattrapé le motif.
Aucun crime trouvé
Le rapport de Michael Horowitz a été rendu public mercredi. L’inspecteur général de la Fed l’a daté du 29 septembre. Powell l’avait demandé en juillet 2025.
Le budget de construction a plus que doublé. Il était de 921 millions de dollars en février 2020. Il atteignait 2,018 milliards en décembre 2024.
Le budget total du projet monte à 2,381 milliards. La fin des travaux a glissé du deuxième trimestre 2024 à décembre 2027.
L’équipe de l’inspecteur n’a trouvé aucun motif raisonnable de croire à un crime fédéral. Elle n’a relevé aucune inconduite administrative.
Plus tard mercredi, Trump désigne un coupable sur Truth Social. « C’est la faute de Jerome Powell. » Il veut que Powell soit « contraint de démissionner, IMMÉDIATEMENT ». Il veut que l’État le poursuive, à défaut, « pour corruption ou pour incompétence ». Il veut que le procureur général Todd Blanche étudie le rapport et tranche.
Je juge ce dossier sur trois critères. Le prix doit précéder la dépense. La concurrence doit être réelle. Une accusation doit tenir sur une preuve.
Mon camp est celui qui fixe le prix avant de signer. Le conseil de Powell a signé d’abord. Trump réclame un procès. Le rapport recommande un plafond.
Une gestion défaillante
Mercredi, selon CNN, son porte-parole Kush Desai parlait de « mauvaise gestion flagrante ». Le rapport la documente.
L’inspecteur conclut que le conseil n’a pas géré efficacement son contrat. Il s’est écarté « à maintes reprises » de ses clauses de maîtrise des coûts.
Ces fautes avaient un précédent. La rénovation de l’immeuble Martin a duré onze ans. Son coût a plus que doublé. Il est passé de 203 à 454 millions de dollars entre 2012 et 2022.
L’inspecteur l’avait disséquée en cinq rapports. Le conseil avait clos ses onze recommandations. Plusieurs défauts reviennent pourtant. Le premier : un plafond de coût jamais vraiment appliqué.
La leçon était écrite. Le conseil a refait plusieurs des mêmes erreurs.
Un contrat de 1,5 million
Le conseil avait pourtant choisi une formule protectrice. L’entrepreneur général y entre dès la conception. Il s’engage ensuite sur un prix maximum garanti. Au-delà, les dépassements sont pour lui, sauf exceptions.
Le conseil n’a embauché son entrepreneur qu’en mars 2022. C’était tard. Deux phases de conception étaient achevées. Le chantier a démarré en juillet.
L’appel d’offres n’exigeait aucune estimation globale. Le contrat a été attribué pour 1,5 million de dollars de services préalables. Les avenants ont suivi. Le contrat dépasse aujourd’hui 2 milliards.
Ce contrat imposait trois estimations détaillées, au fil des plans. Le conseil n’a réclamé aucune de ces estimations. Aucune n’est venue. La première estimation globale de l’entrepreneur est arrivée avec sa proposition de janvier. Les travaux duraient depuis trois ans et demi.
Un plafond de coût existait bien, sur le papier. L’équipe du projet l’avait fixé à 857 millions. Elle l’a communiqué à l’architecte en avril 2020. Elle ne l’a jamais mis à jour. Ni l’entrepreneur ni le représentant du conseil n’en ont été informés.
Quatre-vingt-quatre lots
Il n’existait aucun prix global. Le conseil a découpé l’ouvrage. L’entrepreneur a mis en concurrence 84 lots de portée limitée. Avant décembre 2025, le conseil en avait attribué 69. Ils totalisaient 1,978 milliard de dollars.
Sans prix maximum, l’entrepreneur ne porte aucun risque important. Sans prix maximum, ses honoraires de 2,95 % grossissent avec la dépense. Sans prix maximum, le contrat devient un remboursement des coûts majoré, juge l’inspecteur. Sans prix maximum, le prix final se découvre à l’addition. Le risque restait au conseil. Mon premier critère tombait dès 2022.
Le conseil se croyait couvert
Le conseil conteste. Pour ses responsables, chaque lot attribué transférait ses risques à l’entrepreneur. Ils y voient l’équivalent d’un prix garanti. L’inspecteur tranche : « Nous n’avons pas constaté que ce soit le cas. »
Un prix garanti se négocie quand les plans sont presque achevés, rappelle le rapport. Il ne se reconstitue pas lot par lot. Ici, les lots se sont étalés sur quatre ans.
Deux offres sur sept
La Fed a mis à jour sa foire aux questions le 30 septembre. Elle impute la hausse aux plans revus après consultation des agences d’examen, puis au prix des matériaux et de la main-d’œuvre. Elle cite enfin un surcroît d’amiante, un sol contaminé, une nappe plus haute qu’attendu.
En entretien, ses cadres invoquaient surtout l’inflation, note l’inspecteur. Elle a joué, reconnaît-il.
De mars 2022 à octobre 2023, la construction neuve a renchéri d’environ 16 %. L’inspecteur tire ce chiffre de l’indice des prix à la production.
Les deux lots de mécanique, d’électricité et de plomberie du gros œuvre, estimés à 178 millions, ont été attribués pour 539 millions.
Le prix a triplé.
Sept invités, deux offres
L’entrepreneur avait sollicité sept soumissionnaires pour chacun. Deux offres sont venues pour le premier lot. Deux offres sont venues pour le second. Le contrat en exigeait trois, sauf pénurie justifiée. Mon deuxième critère tombe.
En 2025, deux autres lots du même type ont suivi. Les quatre pèsent 694 millions. C’est près de 500 millions de plus que prévu par l’architecte. Trois des quatre n’avaient pas reçu trois offres.
L’équipe n’a demandé aucune contre-expertise à son représentant. Elle voulait, a-t-elle expliqué, « garder le projet en mouvement ». Je tiens ce choix pour le cœur de l’échec.
Une pelouse sur un garage
Restait le luxe dénoncé en 2025. L’inspecteur l’a examiné élément par élément. Le marbre n’a pas pesé sensiblement sur la hausse. Les fontaines non plus. La terrasse-jardin non plus.
Sur les plans, la « terrasse-jardin » est une partie de la pelouse sud du 1951. Elle couvre le nouveau garage. De petites jardinières d’origine y accueillaient autrefois des herbes.
Selon l’équipe du projet, les toits végétalisés coûtent 615 000 dollars. Les fontaines pèsent 3,4 millions dans la proposition de l’entrepreneur.
Des ruches sur d’autres toits
Le rapport précise même que les ruches ne figuraient pas au plan. Il y en avait deux. Elles se trouvaient sur les toits des immeubles Martin et New York Avenue.
En juin 2025, le conseil a retiré quatre fontaines prévues. Un responsable invoque la crainte des critiques. L’économie sera faible, reconnaît-il. Il faudra aménager autrement l’espace.
Les écarts décisifs couraient ailleurs. Ils passaient par les gaines et les tuyaux.
Les plantes ont eu l’enquête que méritaient les tuyaux.
Sur la bonne voie, chaque trimestre
Les tableaux de bord rassuraient. Trimestre après trimestre, le projet était « sur la bonne voie ».
La référence bougeait. Chaque budget relevé devenait le nouvel étalon. Le coût d’origine ne servait plus de mesure.
Le budget n’a été déclaré « à risque » que quatre trimestres de suite. C’était juste avant la hausse de 2025.
Les attributions prévues au périmètre ne remontaient pas à la direction. Même un lot très au-dessus de l’estimation n’avait pas à remonter.
Les cadres supérieurs faisaient confiance à l’équipe chargée des installations. L’inspecteur parle d’une surveillance « fondée sur la confiance ».
Les gouverneurs votaient les budgets. Ils ne géraient pas le chantier au quotidien. Le rapport ne désigne aucun coupable. Il décrit une gouvernance insuffisante.
Un plafond, même tard
Warsh accepte les sept recommandations. Il ne conteste rien. Sa lettre ne nomme jamais Powell. Elle ne répond pas non plus aux accusations d’inconduite, relève Fox Business.
Warsh confie la direction du projet à l’Administration des services généraux. La GSA gère les immeubles fédéraux. Elle répondra au conseil et à son président. Son administrateur, Edward Forst, promet de remettre les projets « sur la bonne voie ».
Un auditeur pour les sommes versées
Warsh engage un auditeur indépendant. L’auditeur vérifiera chaque coût attribué. Warsh promet aussi de réclamer le remboursement de tout travail payé mais non exécuté.
Reste le prix garanti. Warsh concède lui-même un « stade tardif ».
L’audit me semble la mesure utile. Il pourrait récupérer de l’argent déjà versé. Le plafond arrive tard. Il ne protégerait guère que la fin du chantier.
Ce que l’offensive a produit
Ses effets se mesurent déjà. Pirro a gardé sa menace d’enquête sur la table, rapporte NBC News. Powell est resté. Selon la chaîne, cette menace l’a retenu au conseil. Sa présidence avait pris fin le 22 mai.
L’administration Trump y a perdu un siège à pourvoir. L’enquête a aussi dressé un obstacle devant Kevin Warsh. Selon CBS News, le républicain Thom Tillis lui refusait sa voix jusque-là.
Mercredi, le parquet de Pirro examinait déjà le rapport, a dit un porte-parole à NBC.
Des remèdes, aucun procès
La mauvaise gestion est établie. Le rapport ne recommande pourtant aucun procès. Ses remèdes portent sur des prix, des contrats et des contrôles.
Sur la preuve, l’attaque échoue. Je ne vois dans les messages de mercredi aucun geste pour le contribuable. Ils visent un homme. Ils ne retranchent pas un dollar.
Trump réclame un homme quand il manque un prix.
Un immeuble paie pour l’autre
En décembre 2024, le conseil a pris 510,4 millions au projet de rénovation de l’immeuble de New York Avenue. Il fallait couvrir la hausse.
Cet immeuble ne sera pas entièrement rénové comme prévu. Le conseil prévoit plutôt des réparations, a dit l’équipe du projet.
La Fed se finance sur ses propres revenus, expliquait Fortune en juillet 2025. Le surplus, après ses coûts, va au Trésor. À l’époque, ses pertes suspendaient ces versements. Chaque dollar dépensé en trop manquerait donc, tôt ou tard, au Trésor.
La lettre de Warsh parle de « fonds publics ».
Pour votre propre maison, accepteriez-vous un prix plafond fixé une fois presque tout signé ?
La Réserve fédérale aura bientôt un prix plafond pour son siège. Ce sera son second.
Le premier n’a jamais été montré à l’entrepreneur.
Deux milliards sans plafond et un seul coupable désigné.
Signé Maxime Marquette, chroniqueur
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur, expert et analyste. Mon expertise réside dans l’observation et l’analyse des dynamiques géopolitiques, économiques et stratégiques qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements économiques globaux, à contextualiser les décisions des acteurs internationaux et à proposer des perspectives analytiques sur les transformations qui redéfinissent nos sociétés.
Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel, qui se limite au rapport factuel. Je prétends à la lucidité analytique, à l’interprétation rigoureuse, à la compréhension approfondie des enjeux complexes qui nous concernent tous. Mon rôle est de donner du sens aux faits, de les situer dans leur contexte historique et stratégique, et d’offrir une lecture critique des événements.
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CRITIQUE : La Fed de Powell a engagé deux milliards sans plafond, et Trump n’y voit qu’un coupable
Sources :
Sources Primaires :
GSA — la Fed confie à la GSA la direction de la rénovation de son siège, 1er octobre 2026
Sources Secondaires :
Fox Business — Warsh confie à la GSA l’achèvement du chantier de la Fed, 1er octobre 2026
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