Les combats de gladiateurs romains se sont déroulés pendant des siècles, ce qui a laissé largement le temps à la réalité d’être noyée sous les mythes. L’image populaire qui en est donnée provient en grande partie de peintures, de romans et de films postérieurs, plutôt que des traces laissées par ces combats. L’archéologie et les documents qui nous sont parvenus révèlent une réalité bien plus complexe, avec notamment des arbitres, des règles officielles, un entraînement spécialisé et un régime alimentaire riche en orge. Dix des affirmations ci-dessous sont solidement étayées. Les dix autres sont des mythes qui se sont intégrés à l’histoire.
1. Un contrat qui a privé ces personnes de leurs droits
Chaque recrue prêtait un serment appelé « sacramentum », et les hommes libres qui s’engageaient étaient légalement réduits en esclavage par ce contrat. Le rang social ne conférait aucune exemption, puisque les équestres et les sénateurs qui s’engageaient volontairement se retrouvaient classés parmi les « infames », au même titre que tous les autres. Ils perdaient le droit de vote et celui de rédiger un testament.
2. L'arbitre pourrait arrêter le combat
Un haut responsable, appelé « summa rudis », dirigeait chaque combat ; il s’agissait généralement d’un gladiateur à la retraite qui avait lui-même exercé cette fonction. Il pouvait interrompre le combat pour permettre aux deux adversaires de reprendre leur souffle, voire mettre fin à l’affrontement. Son jugement était généralement respecté.
3. Organiser les confrontations
Les affrontements étaient organisés en fonction des armures qui s’annulaient mutuellement. Un retiarius se présentait tête nue, muni d’un filet et d’une protection sur un bras, face à un secutor portant un casque intégral et un équipement lourd. Personne ne tirait au sort son adversaire dans un chapeau.
4. Des céréales à la place d'un steak
Les analyses isotopiques menées sur le cimetière des gladiateurs découvert à Éphèse en 1993 ont révélé que leur alimentation était principalement à base de céréales et ne comprenait pratiquement pas de viande. Fabian Kanz, de l’Université de médecine de Vienne, a dirigé ces analyses. Les combattants mangeaient la même chose que les habitants ordinaires de la ville.
5. Consommation de cendres végétales
Ces mêmes ossements d’Éphèse présentaient des taux de strontium bien supérieurs à ceux de la population locale. Kanz en a déduit qu’il s’agissait d’une consommation délibérée de cendres végétales, destinées à régénérer l’organisme après un entraînement intense et à favoriser la consolidation osseuse. Cela fonctionnait à peu près comme un complément minéral aujourd’hui.
6. Un médecin qui a étudié leurs blessures
En 157 de notre ère, Galien fut nommé médecin des gladiateurs de Pergame par le grand prêtre d’Asie et occupa cette fonction pendant quatre ans. Il affirma par la suite que cinq hommes étaient morts sous sa responsabilité, contre soixante sous celle de son prédécesseur, et attribua cette différence à sa manière de soigner les blessures. Il décrivait ces blessures comme des « fenêtres » sur le corps.
7. La capitulation était inévitable
Un combattant vaincu pouvait lever le doigt pour faire appel, et la décision remontait la hiérarchie jusqu’à celui qui finançait les jeux. Auguste avait déjà interdit les combats menés « sine missione », c’est-à-dire les affrontements sans possibilité de sursis. Abandonner faisait partie intégrante du format plutôt que d’en constituer une entorse.
8. Dix à vingt minutes de travail
Un combat typique durait entre dix et vingt minutes. C’est une longue période pour porter un bouclier et un casque en métal en été, et plus l’équipement était lourd, plus tout allait lentement. Ceux qui s’imaginent un duel s’étalant sur tout un après-midi se font une idée complètement fausse.
9. Les femmes ont fait match nul
Un relief provenant d’Halicarnasse représente deux femmes, Amazonia et Achillia, vêtues de jambières et armées de boucliers, dont les noms s’inspirent de personnages mythologiques. L’inscription fait état d’un match nul honorable. Cassius Dio rapporte que Septime Sévère a interdit aux femmes l’accès à l’arène en l’an 200 de notre ère.
10. Le verdict du public
C’étaient généralement les spectateurs qui décidaient si un perdant allait survivre, en criant sur le commanditaire jusqu’à ce qu’il prenne une décision. Un homme qui s’était bien débrouillé avait de bonnes chances de s’en sortir. La réputation jouait un rôle déterminant à ce moment-là.
Voici maintenant 10 erreurs que les films ne cessent de commettre.
1. Un pouce vers le bas signifiait la mort
Personne ne sait vraiment en quoi consistait ce geste. Les documents qui nous sont parvenus ne permettent pas de déterminer si le pouce était levé ou s’il restait replié dans le poing, et les recherches d’Anthony Corbeill suggèrent que le pouce levé signalait une mise à mort. La version que tout le monde a en tête remonte au tableau de Jean-Léon Gérôme datant de 1872, que le film de 2000 a repris.
2. Le salut des mourants
Suétone ne mentionne cette phrase qu’une seule fois. Des prisonniers condamnés l’ont criée à Claudius avant une bataille navale mise en scène sur le lac Fucinus en 52 de notre ère, dans l’espoir d’être dispensés de combattre. H.J. Leon en a conclu qu’il n’existe absolument aucune preuve attestant l’existence d’un salut traditionnel des gladiateurs.
3. Se battre jusqu'à ce que quelqu'un meure
La formation des combattants coûtait des années et de l’argent, et Auguste a supprimé les combats sans sursis, les jugeant peu pratiques. C’était la capacité à bien se battre qui permettait à un homme de rester en vie, et bon nombre d’entre eux y parvenaient. Ce commerce reposait davantage sur le talent que sur les cadavres.
4. Les chrétiens au Colisée
Les sources chrétiennes anciennes ne mentionnent jamais le Colisée comme lieu de martyre, ce qui constitue un silence étrange si de nombreux martyres s’y sont effectivement déroulés. Certains chercheurs situent plutôt la plupart de ces morts au Circus Maximus. Le bâtiment a servi de carrière tout au long du Moyen Âge, et ce n’est qu’en 1749 que Benoît XIV l’a déclaré lieu sacré.
5. Commode a trouvé la mort dans l'arène
L’empereur a bel et bien combattu en public, et sur ce point, le film ne se trompe pas. Il est mort le dernier jour de l’an 192, étranglé par Narcisse, son propre entraîneur de lutte, après que sa concubine Marcia eut échoué à l’empoisonner. Cassius Dio et l’Historia Augusta situent tous deux le meurtre à l’intérieur.
6. Un parricide dès le début de la pièce
Marc Aurèle est mort le 17 mars 180, à l’âge de 58 ans, dans des quartiers militaires situés soit à Vindobona, soit près de Sirmium. Aucune source antique n’accuse son fils d’être responsable de sa mort. La cause en est tout simplement inconnue, ce qui rend le scénario bien moins captivant.
7. Personne ne s'est porté volontaire
Les volontaires constituaient une catégorie à part entière, soumise à des formalités administratives spécifiques, et devaient obtenir l’autorisation d’un magistrat pour s’engager. Leurs contrats précisaient la fréquence à laquelle ils devaient combattre et la rémunération à laquelle ils pouvaient prétendre. On comptait parmi eux des hommes issus des classes équestres et sénatoriales.
8. Filets et tridents dans l'équipement standard
Le retiarius est le personnage vers lequel tous les illustrateurs se tournent : un filet dans une main, un trident dans l’autre. Il s’agissait d’un type unique et spécialisé, conçu pour faire contrepoids au secutor et se situant tout en bas de la hiérarchie. Le considérer comme le personnage par défaut revient à dire qu’un gardien de but est un footballeur typique.
9. Tout mettre en scène à Rome
Le Colisée a ouvert ses portes en 80 de notre ère sous le règne de Titus, ce qui laisse de côté environ trois siècles de jeux organisés ailleurs. Des amphithéâtres existaient partout dans l’empire, et celui de Pompéi était déjà ancien lorsque Rome s’est dotée de son célèbre amphithéâtre. Selon les estimations, la capacité d’accueil du Colisée se situait entre 50 000 et 80 000 personnes.
10. Les Jeux se sont arrêtés à une certaine date
Honorius interdit les combats de gladiateurs en 399, puis dut les interdire à nouveau en 404. On trouve encore trace de ces combats dans les archives vers 435. Cette institution disparut progressivement au fil des décennies, sous l’effet de décrets répétés et d’une baisse des ressources financières.